Nous étions en chemin avec Gabriel dans la poussette et sa petite sœur dans le porte-bébé quand, soudain, il s’est mis à pleurer.
Alors je me suis arrêtée.
Il était complètement contrarié et n’arrivait plus vraiment à m’expliquer ce qui n’allait pas. Il pleurait et répétait simplement :
Le problème, c’est que nous devions vraiment continuer. Quand un enfant est trop bouleversé pour entendre nos explications, en ajouter davantage ne l’aide pas forcément.
J’aurais pu lui expliquer pourquoi. Où nous allions. Pourquoi nous ne pouvions pas rester là.
Mais à ce moment-là, je voyais bien que mes explications n’allaient nulle part.
Alors j’ai inventé n’importe quoi.
Il m’a regardée.
Et puisque j’avais réussi à capter son attention pendant deux secondes, j’ai continué.
Ce n’était évidemment pas une licorne ordinaire.
C’était une licorne un peu piquante, avec une crinière pleine de paillettes et une corne qui lançait des lasers.
Et cette licorne était absolument déterminée à nous emmener là où nous devions aller.
Plus mon histoire devenait absurde, plus quelque chose changeait.
Gabriel pleurait encore, mais il écoutait.
Puis les pleurs se sont espacés.
Et finalement :
Alors j’ai continué.
J’ai ajouté des détails de plus en plus improbables. La licorne est devenue complètement ridicule.
Et Gabriel a commencé à sourire.
Quelques minutes plus tard, nous avancions toujours dans la même direction.
La limite n’avait pas changé.
Mais nous n’étions plus en train de lutter l’un contre l’autre.
Nous étions dans la même histoire.
Quand les explications ne marchent plus
Je ne sais pas exactement ce qui l’avait autant bouleversé ce jour-là.
Et je n’ai pas essayé de faire disparaître son émotion avec une histoire.
J’ai simplement senti qu’à cet instant, mes explications ne l’atteignaient plus.
Mais le jeu, lui, pouvait encore passer.
Le premier « licorne magique » a créé une petite hésitation au milieu des pleurs.
Puis un « pourquoi ? ».
Puis l’envie de connaître la suite.
Petit à petit, la curiosité a pris un peu de place à côté de l’émotion.
Et c’était suffisant pour nous reconnecter.
Entrer quelques minutes dans son monde
Ce jour-là, je n’avais pas besoin de convaincre Gabriel pour que nous puissions continuer.
Je pouvais simplement entrer quelques minutes dans son monde.
Ça ne marchera sûrement pas à chaque fois. Mais cette fois, le jeu nous a permis de traverser le moment autrement, sans transformer la limite en rapport de force.
Et tout ça grâce à une licorne qui tirait des lasers.
À garder sous la main
La situation
Votre enfant est trop bouleversé pour entendre vos explications.
À essayer
Reconnaître l'émotion, poser une limite claire sur les gestes et attendre que le calme revienne pour chercher une solution.
- « Je vois que c'est difficile. Je reste là, mais je ne te laisse pas faire mal. »
À garder en tête : Accueillir une émotion ne signifie pas accepter les gestes dangereux ni résoudre tout le conflit immédiatement.




