Malo voulait mettre ses chaussures tout seul. Camille, elle, regardait l’heure.
Il avait choisi la bonne chaussure, trouvé le bon pied et commencé à tirer sur la languette avec une concentration absolue. Puis son talon s’est coincé. Il a recommencé, une fois, deux fois.
Camille savait qu’en se baissant, elle pouvait régler l’affaire en vingt secondes. Ils devaient partir. Alors elle a fini par dire : « Viens, je t’aide », et la chaussure était en place presque immédiatement.
Sauf que Malo, lui, n’avait pas fini.
Il voulait la mettre tout seul. Il a donc retiré la chaussure qu’elle venait de lui enfiler.
Et les vingt secondes gagnées ont soudain commencé à coûter beaucoup plus cher.
C’est un paradoxe assez familier avec de jeunes enfants. On aimerait qu’ils deviennent autonomes, mais apprendre à faire seul suppose justement de faire lentement pendant un bon moment.
Le problème, c’est que nos journées ne prévoient pas toujours ce temps-là. Et certains matins, attendre cinq minutes devant une paire de chaussures n’est tout simplement pas réaliste.
Mais il existe peut-être un espace entre « fais tout tout seul » et « laisse-moi faire à ta place ».
Camille peut alors essayer de lui laisser une petite part de contrôle :
« Tu mets cette chaussure et je mets l’autre. »
« Tu veux essayer encore une fois ou tu veux que je t’aide maintenant ? »
« Je sais que tu voulais le faire seul. Ce matin, on doit partir, alors je vais t’aider. Tu pourras réessayer ce soir. »
Ça ne garantit évidemment pas que Malo l’acceptera avec le sourire. Mais au lieu de lui demander seulement de se dépêcher, Camille reconnaît ce qu’il essayait de faire et lui laisse, quand c’est possible, une petite part de contrôle.
Parce que lorsqu’un enfant insiste pour mettre lui-même une chaussure qui refuse obstinément de coopérer, il n’est pas forcément en train de compliquer le départ.
Il était peut-être simplement en train d’apprendre quelque chose et n’avait pas encore fini.



