L’autre jour, Gabriel jouait tranquillement quand un autre enfant s’est approché de lui. Au début, rien d’inhabituel : deux enfants autour des mêmes jeux, quelques désaccords, un peu de négociation à leur manière.

Puis l’autre enfant a commencé à le pousser. J’ai attendu quelques secondes. Peut-être que son parent allait intervenir, peut-être que Gabriel allait s’éloigner, peut-être que ça allait se régler tout seul.

Et puis il a essayé de le frapper.

Je me suis approchée et j’ai dit : « Je ne te laisse pas le frapper. »

Juste après, j’ai eu cette petite hésitation : ce n’était pas mon enfant. Pas parce que j’avais envie de lui faire la morale ou de lui apprendre quoi que ce soit, simplement parce qu’on a parfois l’impression que c’est à son parent d’intervenir.

Sauf que son parent n’avait peut-être tout simplement pas vu. Il regardait peut-être ailleurs pendant quelques secondes. Avec des enfants qui bougent partout, ça arrive très facilement.

Et pendant ce temps-là, moi, j’avais vu.

C’était peut-être ça, le petit bug : attendre que ce soit son parent qui intervienne alors que je suis déjà là et que j’ai vu ce qui se passe.

Ça ne veut pas dire intervenir dans chaque dispute. Deux enfants peuvent se chamailler pour un jouet, protester, négocier ou essayer de trouver une solution sans qu’un adulte arrive immédiatement. Mais quand quelqu’un risque d’être blessé, je n’ai pas forcément besoin d’attendre que son parent ait vu la scène lui aussi.

Pas parce que l’autre enfant est méchant, ni parce que son parent fait mal les choses. Et pas parce que c’est mon rôle d’éduquer cet enfant. Simplement parce que j’ai vu qu’une limite venait d’être franchie.

Dans ces moments-là, pas besoin d’un grand discours. Je peux simplement dire :

« Je ne te laisse pas le frapper »

ou « Je ne te laisse pas jeter du sable sur le bébé. »

Et si les mots ne suffisent pas, je peux arrêter doucement le geste.

Parfois, être l’adulte qui a vu suffit pour intervenir.