Iris était dans la salle de bain, les manches mouillées et les mains couvertes de mousse. À côté d’elle, le flacon de savon liquide était presque vide et le lavabo ressemblait à un petit bain moussant.

Nora a regardé le lavabo, puis Iris.

« Tu as vidé le savon ? »
« Non. »

Il y a des moments où la réponse est tellement peu crédible qu’on ne sait presque pas s’il faut rire ou se fâcher. Tout est là, sous nos yeux. Alors pourquoi nier quelque chose d’aussi évident ?

Le réflexe peut être de déplacer immédiatement le problème vers le mensonge : « Ne me mens pas, je vois bien que c’est toi. » Pourtant, à trois ou quatre ans, ce petit « non » peut parfois raconter autre chose qu’une volonté très élaborée de tromper l’adulte.

Iris sait peut-être simplement qu’elle n’aurait pas dû vider le savon. Elle aimerait très fort que ce ne soit pas arrivé. Et pendant quelques secondes, dire « ce n’est pas moi » est peut-être la manière la plus rapide qu’elle ait trouvée pour essayer de faire disparaître le problème.

Quand la question crée presque le mensonge

Il y a aussi quelque chose d’étrange dans la question de Nora : elle connaît déjà la réponse.

En demandant « Tu as vidé le savon ? », elle offre à Iris deux possibilités. Dire oui et affronter immédiatement la réaction de sa mère, ou tenter un non qui, sur le moment, semble peut-être beaucoup plus confortable.

Alors, lorsque les faits sont déjà évidents, on peut parfois éviter l’interrogatoire et commencer directement par ce qu’on voit.

« Je vois qu’il y a beaucoup de savon dans le lavabo. »

Puis chercher à comprendre ce qui s’est passé, sans faire disparaître la limite pour autant.

« Tu voulais faire beaucoup de mousse ? »

« Le savon n’est pas fait pour être vidé comme ça. Maintenant, on va nettoyer ensemble. »

Cela ne veut pas dire que dire la vérité n’a aucune importance. Mais il n’est peut-être pas nécessaire de transformer chaque petit mensonge évident en grande discussion sur l’honnêteté.

Parce que parfois, derrière un « ce n’était pas moi » particulièrement peu convaincant, il y a surtout un enfant qui vient de comprendre qu’il a fait quelque chose qu’il n’aurait pas dû faire.

Et un lavabo plein de mousse à nettoyer.