Iris a trois ans et demi et, en ce moment, elle veut comprendre absolument tout.

L’autre jour, nous marchions dans la rue quand elle s’est arrêtée devant une trace humide sur le trottoir. Il avait plu le matin, mais les flaques avaient presque toutes disparu.

« Pourquoi il n’y a plus d’eau ? »

J’ai commencé à préparer ma réponse. Le soleil réchauffe l’eau, elle s’évapore, elle devient de la vapeur… Il fallait juste trouver comment expliquer tout ça simplement.

Puis, au lieu de répondre, je lui ai demandé :

« Et toi, tu crois qu’elle est partie où ? »

Iris a regardé le sol quelques secondes avant de m’expliquer très sérieusement que la terre avait probablement bu l’eau parce qu’elle avait soif.

Ce n’était pas exactement la réponse scientifique que j’avais en tête. Mais pour une fois, je n’avais pas rempli immédiatement le silence. Et elle avait eu le temps de chercher.

Toutes les questions n’attendent peut-être pas une réponse

Avec un petit enfant, les « pourquoi ? » peuvent arriver toute la journée. Pourquoi il fait nuit, pourquoi les chiens ne parlent pas, pourquoi on doit mettre un manteau, pourquoi cette dame court, puis pourquoi, pourquoi, pourquoi encore.

À force, j’avais pris l’habitude de considérer chaque question comme une petite mission : Iris demande quelque chose, donc je dois trouver la réponse la plus juste possible et réussir à la mettre à hauteur de trois ans et demi.

Sauf qu’une question n’est pas toujours une demande d’explication.

Parfois, un enfant réfléchit à voix haute. Il teste une idée, prolonge une conversation ou essaie simplement de comprendre ce qu’il voit. Si l’adulte répond immédiatement, il obtient peut-être l’information, mais il perd aussi l’occasion de construire sa propre hypothèse.

Depuis, j’essaie donc de laisser un peu plus d’espace avant de répondre.

Pas systématiquement. Transformer chaque « pourquoi ? » en « Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? » deviendrait probablement très agaçant pour tout le monde.

Mais de temps en temps, je peux attendre quelques secondes, lui demander ce qu’elle imagine ou simplement faire « hmm » et voir où elle va.

Et parfois, je ne sais vraiment pas

Il y a aussi les questions auxquelles je n’ai aucune réponse. Avant, j’avais tendance à improviser quelque chose ou à dégainer mon téléphone.

Maintenant, il m’arrive simplement de dire : « Je ne sais pas. On pourra chercher. »

Et la conversation survit très bien.

Les « pourquoi ? » n’ont pas diminué. Mais j’ai arrêté de croire que mon rôle était d’avoir une réponse prête à chaque fois.

Et depuis cette histoire de flaque, je me demande parfois si la meilleure chose à faire n’est pas simplement de laisser la question flotter quelques secondes.

Juste assez longtemps pour voir ce qu’Iris en fait.