Dans l’entrée de la crèche, Camille, la maman de Malo, presque trois ans, a appris qu’il avait mordu un autre enfant. Une professionnelle lui racontait la scène : deux petites mains sur le même camion, puis les pleurs.
En repartant, Camille s’est entendue dire : « C’est méchant de mordre. » Malo a baissé la tête. Elle voulait parler du geste, mais elle venait de lui donner un mot qui pouvait aussi parler de lui.
Son enfant avait mordu à la crèche. Elle avait peur pour le copain blessé et, déjà, pour la prochaine fois.
Arrêter la morsure, sans faire le procès de l’enfant
Sur le moment, l’équipe avait séparé les enfants et pris soin de celui qui avait été mordu. Il avait besoin d’être consolé, de recevoir les soins nécessaires et de pouvoir rejouer sans craindre une nouvelle morsure.
Comprendre Malo ne retirait rien à cela. Camille n’avait pas à choisir entre défendre son fils et reconnaître qu’un autre enfant avait eu mal.
Ce qui l’inquiétait, c’était la suite. Elle imaginait les parents qui ne voudraient plus que leur enfant joue avec lui. Et elle avait très envie que Malo lui promette de ne jamais recommencer, comme si une promesse dans le couloir pouvait tenir lieu de surveillance le lendemain.
Elle s’est plutôt demandé ce qu’il lui manquait au moment où le camion avait changé de mains.
Un enfant qui mord : regarder les secondes d’avant
La professionnelle avait remarqué que Malo était fatigué et que le coin des véhicules était très encombré. Cela donnait des pistes, pas une explication certaine. Camille pouvait demander si les morsures survenaient surtout avant le repas, autour d’un jouet ou quand un enfant s’approchait trop près.
Nommer ces circonstances permettait de préparer quelque chose de précis avec l’équipe : rester plus près pendant un moment difficile, dégager de l’espace ou intervenir avant que la dispute monte.
Une fois Malo calme, elle pouvait revenir brièvement sur ce qui s’était passé. Avoir les mots ne suffit pas toujours à se retenir, mais on peut essayer une autre façon d’appeler à l’aide.
« Je ne te laisse pas mordre. Ça fait mal. »
« Quand tu veux garder le camion, tu peux dire “stop” ou venir chercher un adulte. On va s’entraîner. »
À la maison, ils ont fait l’essai avec deux petites voitures. Camille en a approché une de celle de Malo. Il a dit « stop », très fort. Ce n’était pas une garantie pour le lendemain, mais ils avaient quelque chose à reprendre ensemble.
Si les morsures se répétaient malgré les ajustements, elle en parlerait avec l’équipe et un professionnel de santé pour chercher d’autres appuis.
Le lendemain, Camille demanderait comment s’était passée la matinée. Pas si Malo avait été gentil.




