Il y a des matins qui semblent demander toute la patience qu’on possède. Les émotions débordent, les petites contrariétés s’enchaînent et avant même que la journée ait vraiment commencé, on se sent déjà un peu vidée.
Ce matin-là était comme ça. J’essayais de rester calme, de ne pas me laisser entraîner par les colères et la fatigue, en me répétant que mes enfants avaient surtout besoin que je sois leur point d’ancrage. Même quand, intérieurement, mon propre réservoir commençait sérieusement à clignoter.
Et puis, sans que je fasse quoi que ce soit, tout s’est arrêté.
Mon bébé s’est endormi contre moi. À côté, mon trois ans s’est installé tranquillement avec son livre à volets. Pendant quelques instants, personne ne pleurait, personne ne réclamait rien, personne n’avait besoin que je règle un problème.
Il n’y avait rien d’extraordinaire. Juste un bébé qui dormait, un petit garçon absorbé par son livre et moi au milieu des deux. Pourtant, après une matinée compliquée, ces quelques secondes de calme m’ont fait un bien fou.
Avec de jeunes enfants, les moments qui nous permettent de souffler ne ressemblent pas toujours à une vraie pause. Parfois, c’est simplement une petite accalmie au milieu du bruit. Quelques secondes où tout va bien, et où l’on peut juste s’en rendre compte.
Alors quand elles arrivent, j’essaie de ne pas les traverser trop vite.
Évidemment, environ vingt secondes plus tard, mon fils a accidentellement arraché une page de son livre préféré.
Fin de la parenthèse zen.
Nous sommes immédiatement passés en opération de sauvetage au Scotch.



