Malo, presque trois ans, a demandé un biscuit pendant que Camille, sa maman, préparait le dîner.
Camille allait dire non. Puis elle a imaginé la suite : Malo qui proteste, elle qui explique, lui qui s’allonge peut-être par terre, les pâtes qui débordent pendant qu’elle essaie de rester calme.
Alors elle a dit : « D’accord. »
Malo a pris le biscuit et est parti jouer. Il n’avait pas protesté. Il n’avait même pas eu le temps.
Camille venait de céder à une crise qui n’avait jamais existé.
Quand on négocie avec le conflit d’avance
Il y a des jours où choisir la solution facile est parfaitement raisonnable. Tous les biscuits avant le dîner ne méritent pas une réflexion éducative.
Mais Camille a commencé à remarquer un mécanisme.
Elle disait oui à une vidéo supplémentaire parce qu’elle redoutait le moment de l’éteindre. Elle changeait le programme parce qu’elle imaginait déjà le refus de mettre les chaussures. Elle proposait trois alternatives avant même que Malo ait réagi à la première.
Elle pensait être souple.
En réalité, elle essayait surtout d’éviter cette sensation très inconfortable : son enfant mécontent d’une décision qu’elle avait prise.
Le problème n’était pas que Malo obtenait parfois ce qu’il voulait. C’était que Camille ne savait plus toujours si elle avait changé d’avis parce que cela lui semblait juste ou parce qu’elle redoutait la réaction.
Laisser à l’enfant le droit de ne pas aimer la réponse
Le lendemain, Malo a redemandé un biscuit avant le dîner.
Camille a répondu : « Pas maintenant. Tu pourras en avoir après. »
Il a dit : « Mais je veux ! »
Elle a répondu : « Oui, tu en veux. »
Et puis rien de spectaculaire.
Malo a râlé, a demandé encore une fois et est retourné vers ses voitures.
Camille s’est sentie presque vexée par la facilité de la scène. Elle avait préparé mentalement un orage. Il y avait eu trois gouttes.
Bien sûr, une autre fois, l’orage viendrait peut-être vraiment.
Mais elle essaie désormais de ne plus le déclencher dans sa tête avant Malo.
Elle peut changer d’avis. Elle peut choisir la paix. Elle peut aussi maintenir une limite.
La petite différence qu’elle cherche est de savoir qui décide : la situation réelle ou la crise qu’elle imagine déjà.
Malo a le droit de ne pas aimer sa réponse. Et Camille peut survivre à ce mécontentement, même pendant que les pâtes cuisent.



