En rentrant de l’école, j’ai fermé la porte et entendu le réfrigérateur. Après trois semaines de vacances avec Louise, ma fille de cinq ans, je l’avais presque oublié. Personne ne me demandait de regarder un escargot, d’ouvrir une compote ou de vérifier si on était encore le matin.
J’ai enlevé mes chaussures en poussant un grand soupir. J’étais soulagée que l’école reprenne. Puis je me suis sentie coupable d’être aussi contente.
Louise était entrée dans sa classe sans se retourner. Nous avions passé de bonnes vacances, avec des cabanes sous la table et une collection de cailloux qui avait voyagé dans tous mes sacs. Pourquoi ce silence me faisait-il autant de bien ?
La culpabilité d’être soulagée
J’ai repris notre dernière photo de vacances sur mon téléphone. Louise y riait, les genoux pleins de sable. Je me suis demandé si une mère qui aimait vraiment ces moments devait avoir envie qu’ils durent encore.
Il y avait pourtant un détail que la photo ne montrait pas : pour l’obtenir, j’avais interrompu ma conversation, retrouvé le chapeau et négocié le départ de la plage. Ce souvenir restait heureux. Il m’avait aussi demandé de l’énergie.
À la maison, je pouvais commencer quelque chose sans garder une oreille disponible. Même ne rien commencer, quelques minutes, était assez agréable. En y pensant, j’avais surtout envie de finir un geste sans répondre à une nouvelle demande.
Le goûter n’avait rien à réparer
J’ai alors cherché une recette de gâteau pour la sortie de l’école. Puis j’ai pensé au parc qu’elle aimait, un peu loin, mais faisable en prenant le bus.
La matinée venait à peine de commencer et je préparais déjà de quoi me faire pardonner de l’apprécier.
J’ai fermé la recette. Il restait du pain et du chocolat. Le parc pouvait attendre un jour où j’aurais vraiment envie d’y aller, plutôt qu’un jour où je pensais lui devoir quelque chose.
Si la culpabilité revient demain, je peux commencer par une question plus précise :
Du bruit, des interruptions, des repas à prévoir ? Nommer ce qui pèse m’aide davantage que de décider si je suis assez contente d’être mère. Et je peux laisser ce temps libre exister sans lui trouver tout de suite une utilité.
À la sortie, Louise m’a tendu une feuille pliée en quatre. Elle voulait me montrer son dessin avant même de mettre son manteau. Je me suis accroupie près d’elle.
J’étais contente de la retrouver. Le pain et le chocolat nous attendaient.



