Iris, ma fille de trois ans et demi, faisait parler deux petits personnages au bord d’une piscine en Lego quand l’un d’eux a basculé.
J’ai ouvert la bouche avec mon réflexe habituel : « On dit il est tombé. » Puis je me suis arrêtée juste avant.
À la place, j’ai répondu : « Ah oui, il est tombé dans l’eau ! Il va faire comment maintenant ? »
Iris a continué son histoire sans hésiter. Le monsieur savait nager, heureusement. Un crocodile est arrivé, puis une licorne, ce qui a assez rapidement relégué la grammaire au second plan.
Et je me suis demandé pourquoi j’avais eu tellement envie d’interrompre la scène pour corriger une phrase.
Faut-il corriger les fautes de langage de son enfant ?
Quand un petit fait une faute de langage, le réflexe est compréhensible. On entend l’erreur, on connaît la bonne forme et on se dit que si on ne corrige pas tout de suite, elle risque de s’installer.
Mais reprendre systématiquement l’enfant peut aussi couper l’élan de ce qu’il était en train de raconter. Il parlait d’un crocodile, de sa journée ou de ce qu’il avait vu dans la rue, et tout à coup l’attention se déplace vers la manière dont il l’a dit.
On peut parfois faire autrement : répondre à ce qu’il voulait dire tout en utilisant naturellement la bonne formulation dans notre propre phrase.
Le modèle est là. Mais la conversation continue.
Répondre d’abord à ce qu’il voulait dire
Depuis, j’essaie surtout de regarder ce qui se passe dans le moment.
Si Iris invente une histoire ou se lance dans une explication très sérieuse, je n’ai pas forcément besoin de relever chaque erreur. Lorsque la reformulation vient naturellement, je peux simplement reprendre la bonne tournure dans ma réponse.
Ce n’est pas une règle à appliquer à chaque phrase. Parfois, Iris demande elle-même comment dire un mot. Parfois, je ne comprends réellement pas ce qu’elle veut dire et nous cherchons ensemble. Et si quelque chose dans le langage d’un enfant inquiète durablement, cela mérite évidemment d’en parler avec un professionnel.
Mais toutes les petites erreurs du quotidien n’ont peut-être pas besoin d’interrompre ce qui était, jusque-là, une très bonne conversation.
Ce jour-là, Iris n’a pas répété « il est tombé ».
Elle était déjà passée à la suite.
Le monsieur avait été sauvé par la licorne et, grammaticalement correct ou non, il avait surtout une nouvelle aventure à vivre.



