Louise, ma fille de cinq ans, m’a demandé de ranger son pull tout au fond du placard. Le matin même, elle avait choisi celui-là parce qu’il y avait un chat sur le devant.

À l’école, un enfant lui avait dit qu’il était moche.

Je lui ai répondu que moi, je le trouvais très joli. Elle a secoué la tête : « Mais il est moche. »

Quand mon enfant est blessé par une remarque, j’ai envie de lui opposer immédiatement quelque chose de gentil. Sauf que nous avions maintenant deux avis, et celui du camarade semblait peser beaucoup plus lourd que le mien.

Une remarque blessante n’est pas toujours un fait

Avant d’ajouter un autre compliment, j’ai regardé avec elle ce qui avait changé depuis le matin : le pull était toujours jaune, le chat toujours cousu dessus et quelqu’un venait de donner son avis.

« Il est jaune » et « il est moche » ne racontaient pas la même chose.

La première phrase décrivait sa couleur. La seconde disait ce que cet enfant en pensait. Il pouvait ne pas aimer le pull sans décider à la place de Louise qu’elle ne devait plus l’aimer non plus.

Cela ne rendait pas la remarque agréable. Comprendre qu’il s’agit d’un avis ne fait pas disparaître la peine, surtout quand cet avis vient d’un enfant avec qui on aimerait jouer.

Mais je n’avais plus seulement à gagner le concours du compliment le plus convaincant.

Essayer avec quelque chose qui ne fait pas mal

Plus tard, nous avons fait un petit jeu avec une banane. Elle était jaune, posée sur la table et, selon moi, délicieuse. Louise n’était pas d’accord sur ce dernier point.

Nous pouvions vérifier ensemble sa couleur et l’endroit où elle se trouvait. Pour le goût, chacune gardait son avis. La banane n’avait pas changé entre les deux.

Le but n’était pas de faire réciter une définition. On peut commencer par quelques exemples ordinaires, puis revenir doucement à ce qui a blessé l’enfant.

« Il n’aime pas ton pull. Et toi, tu l’aimais ce matin. Tu peux encore avoir ton avis. »

« Tu peux lui dire : “Moi, je l’aime.” Tu n’as pas besoin de le convaincre. »

Cela ne veut pas dire répondre seule à tout. Si les remarques se répètent, humilient l’enfant ou l’empêchent de participer, on en parle avec l’équipe de l’école. Les appeler des opinions ne les rend pas acceptables.

Louise a finalement posé son pull sur la chaise, plutôt qu’au fond du placard. Je ne lui ai pas demandé de le remettre le lendemain pour montrer qu’elle avait compris.

Le chat était toujours là. Pour le pull du lendemain, Louise choisirait.