Louise, cinq ans, est rentrée de l’école en jetant son manteau sur la chaise. Élodie, sa maman, a reconnu le genre de silence qui donnait envie de poser beaucoup de questions.

« Tu es en colère ? Triste ? Déçue ? »

Louise a répondu non aux trois mots, puis elle s’est mise à marcher dans le salon avec les épaules très hautes. Elle a montré les dents et fait deux grandes griffes avec ses mains.

« Je suis un lion qu’on n’invite pas dans la grotte. »

Élodie cherchait le nom de l’émotion. Louise venait peut-être de lui montrer sa forme.

Quand un enfant ne parle pas de ses émotions

Nommer ce que l’on ressent peut aider, mais le mot n’est pas toujours disponible au moment où l’adulte le demande. L’enfant peut aussi craindre de donner une mauvaise réponse, ne pas savoir encore ce qui se mélange, ou simplement préférer passer par son corps et son imagination.

Élodie a donc laissé le lion entrer dans la pièce. Elle n’a pas demandé tout de suite qui possédait la grotte ni ce qui s’était passé à l’école. Elle a demandé si le lion voulait rugir, se cacher ou être suivi.

Louise a rugi dans un coussin, puis construit une grotte sous la table. Une petite lionne en peluche attendait dehors. Au bout de quelques minutes, Louise a expliqué qu’une camarade avait fermé une cabane de récréation avant qu’elle puisse entrer.

Le jeu n’avait pas contourné la conversation. Il lui avait donné un chemin.

Laisser l’émotion prendre une autre forme

Mimer une émotion ne signifie pas que chaque posture contient un message secret. Il n’est pas nécessaire d’interpréter le lion, la couleur d’un dessin ou la voix d’une poupée à la place de l’enfant.

On peut rester curieux, décrire ce que l’on voit et laisser l’enfant confirmer, corriger ou ne rien ajouter.

« Ton lion serre très fort ses pattes. Tu veux me montrer ce qu’il fait ensuite ? »

« Tu peux me le raconter avec des mots, avec le jeu, ou pas tout de suite. »

Plus tard, Élodie a utilisé le mot « exclue ». Louise a réfléchi, puis répondu : « Surtout furieuse. Et un peu seule. »

Cette fois, les mots sont arrivés après la grotte. Ils n’étaient pas meilleurs que le rugissement. Ils étaient simplement prêts.

À garder sous la main

La situation

Votre enfant ne veut pas dire ce qu’il ressent.

À essayer

On peut rester curieux, décrire ce que l’on voit et laisser l’enfant confirmer, corriger ou ne rien ajouter.

  • « Je vois que c'est difficile. Je reste là, mais je ne te laisse pas faire mal. »

À garder en tête : Accueillir une émotion ne signifie pas accepter les gestes dangereux ni résoudre tout le conflit immédiatement.