Quand Oscar avait deux ans, j’avais une technique pour quitter le parc.
Je le prévenais cinq minutes avant. Puis deux minutes. Puis « encore un tour de toboggan et on rentre ».
Ça marchait presque toujours.
J’avais donc naturellement conclu que j’étais assez doué pour les transitions.
Quelques années plus tard, j’ai appliqué exactement la même méthode à Alice, sa petite sœur de deux ans.
Cinq minutes. Deux minutes. Un dernier tour.
Puis j’ai annoncé qu’on partait.
Alice s’est assise par terre.
Je lui ai rappelé que je l’avais prévenue.
Elle s’est allongée.
À cet instant, une pensée très peu glorieuse m’a traversé : Oscar, lui, comprenait très bien à cet âge.
Et juste derrière est arrivée une autre pensée, beaucoup plus utile : peut-être qu’Oscar n’avait jamais été la preuve que ma méthode était exceptionnelle.
Quand ce qui « marchait » avec le premier ne marche plus
Avec un premier enfant, il est difficile de savoir ce qui vient de nous et ce qui vient de lui.
On met en place une routine et il l’accepte. On propose deux choix et cela évite une crise. On explique calmement et il semble entendre l’explication.
Alors on finit facilement par penser : voilà, j’ai trouvé comment faire.
Puis arrive un enfant différent.
Ce qui rassurait Oscar agace Alice. Là où il aimait savoir ce qui allait se passer, elle peut parfaitement connaître la suite et ne pas vouloir qu’elle arrive pour autant.
Cela ne signifie pas que toutes les méthodes sont inutiles. Simplement qu’une méthode n’agit jamais toute seule. Elle rencontre aussi un enfant, avec son tempérament, ses sensibilités et sa façon bien à lui de réagir.
Deux enfants peuvent avoir besoin de deux versions de nous
Le piège, pour moi, était surtout de comparer Alice à Oscar.
Cette phrase ne l’aidait pas beaucoup. Et elle me faisait croire que si la même chose ne fonctionnait plus, quelqu’un devait forcément mal faire : elle ou moi.
J’essaie plutôt de repartir de la situation présente.
« Qu’est-ce qui est difficile pour elle ici ? »
« Est-ce que ma limite doit changer, ou seulement ma façon de l’accompagner ? »
Au parc, ce soir-là, la limite n’a pas changé. Nous devions rentrer.
Alice a protesté. Je l’ai aidée à partir. Elle n’a pas soudain trouvé ma méthode formidable.
Mais je n’ai pas eu besoin de conclure qu’elle était plus difficile qu’Oscar, ni que j’étais devenu moins bon parent entre les deux.
Oscar m’avait appris quelques façons de faire. Alice m’apprenait surtout qu’aucune d’elles n’était une formule magique.



