Au cours du même déjeuner, on m’a demandé trois fois quand arriverait le deuxième. Malo, mon fils de presque trois ans, mangeait son pain à côté de moi.
La première question avait l’air d’une plaisanterie. La deuxième était accompagnée d’un calcul d’écart d’âge. À la troisième, j’avais presque envie de demander si quelqu’un avait apporté le formulaire à remplir.
Je n’avais annoncé aucun projet. Pourtant, notre famille semblait avoir une prochaine étape dont tout le monde attendait la date.
Une question répétée finit par demander des comptes
Je savais que certaines personnes voulaient simplement montrer leur intérêt. Mais je recevais aussi autre chose : avec un seul enfant, nous étions apparemment encore en attente de devenir une famille complète.
On ajoutait parfois que Malo aurait besoin de partager. Ou qu’il serait heureux d’avoir quelqu’un avec qui jouer. En quelques phrases, un éventuel deuxième enfant devenait une solution à des difficultés qu’on prêtait déjà au premier.
Je n’avais pas envie de débattre de tous les portraits d’enfants uniques. Et je ne voulais pas décrire Malo comme exceptionnellement sociable pour défendre notre droit à être trois.
Son comportement au déjeuner n’était pas un dossier à présenter. Il avait parfois du mal à prêter ses affaires, comme d’autres enfants. Cela ne décidait pas du nombre de personnes qui devaient vivre chez nous.
Répondre sans ouvrir toute sa vie privée
Je pouvais avoir une réponse personnelle à cette question, ou ne pas en avoir. Je pouvais vouloir en parler avec certains proches et pas au milieu d’un repas. Rien ne m’obligeait à fournir une raison suffisamment convaincante pour clore la discussion.
J’ai donc essayé de répondre à la conversation, plutôt qu’à tout ce qu’elle supposait.
« Si nous avons quelque chose à annoncer, nous le ferons. Pour l’instant, je préfère qu’on ne nous le demande plus. »
« Je sais que tu t’intéresses à nous, mais je n’ai pas envie de parler de ça aujourd’hui. »
Une phrase polie ne garantit pas que l’autre s’arrête. Si la question revient, je peux répéter la limite, changer de sujet ou quitter un moment la conversation. Je n’ai pas besoin d’ajouter des détails intimes pour rendre mon refus plus acceptable.
Je voulais aussi éviter de parler de Malo comme s’il lui manquait quelqu’un alors qu’il était assis à notre table.
Il a fini son pain, puis demandé si nous avions du dessert. Il ne semblait pas attendre le prochain membre de la famille pour considérer que le déjeuner pouvait continuer.
Moi non plus.
À garder sous la main
La situation
On vous demande sans cesse quand vous aurez un deuxième enfant ?
À essayer
Revenir à la demande importante, avec peu de mots et une limite que l'adulte peut réellement tenir.
- « Je comprends que tu n'en aies pas envie. Voilà ce qui doit se passer, et je peux t'aider. »
À garder en tête : Une limite claire peut coexister avec de l'écoute ; elle n'exige pas que l'enfant soit d'accord.




