Malo, mon fils de presque trois ans, avait tendu le bras vers le pain. Son coude a rencontré son gobelet, et l’eau est partie sous les assiettes.

« Oh, tu es maladroit ! »

J’avais dit cela en attrapant le chiffon, sans grand discours ni intention de le blesser. Mais ma phrase ne décrivait pas le verre renversé. Elle décrivait Malo.

Il a retiré son bras et regardé la flaque. Le gobelet était en plastique, rien n’était cassé. Nous avions surtout de l’eau à éponger.

Le verre est tombé. L’enfant n’est pas un accident

Je pouvais être agacée par la nappe mouillée. Je n’avais pas besoin de prétendre que j’adorais essorer un chiffon pendant le repas.

En revanche, mon « tu es » allait plus loin que la scène. Son coude avait accroché un gobelet placé sur le passage. J’avais transformé ce mouvement en résumé de la personne.

Une phrase sortie trop vite ne raconte pas toute une relation. Il n’était pas nécessaire d’organiser une cérémonie de réparation au milieu des assiettes. Je pouvais simplement revenir dessus, devant lui.

« J’ai dit que tu étais maladroit. Je voulais dire que ton coude avait fait tomber le gobelet. »

Malo a regardé son coude. Il l’a levé avec précaution, comme si nous venions d’identifier le principal suspect.

Chercher ce qui peut aider la prochaine fois

Une fois l’eau épongée, j’ai regardé la table. Le pain était loin de lui et le gobelet juste devant. Je lui demandais d’atteindre l’un sans toucher l’autre.

Nous avons rapproché le pain et déplacé le gobelet sur le côté. Je pouvais aussi lui rappeler de demander qu’on lui passe quelque chose, ou lui laisser davantage de place pour essayer.

Ce n’était pas une garantie contre les prochains accidents. C’était plus utile que lui demander d’être, désormais, une personne moins maladroite.

Je lui ai proposé un petit chiffon pour la partie qu’il pouvait atteindre. Pas pour lui faire payer ma remarque, ni pour lui prouver qu’il était soigneux. Simplement parce que l’eau était là et que nous pouvions nous en occuper ensemble.

Cette fois, je voulais rester sur ce qui s’était passé. Si le geste était volontaire, la limite aurait pu porter sur le fait de renverser l’eau. Ici, je n’avais vu qu’un coude rencontrer un verre.

Malo a fini par récupérer le pain. Il m’a demandé de tenir son gobelet pendant qu’il passait l’assiette.

Nous n’avions pas changé son caractère au déjeuner. Nous avions changé la place du verre.

À garder sous la main

La situation

Votre enfant renverse un verre et vous lui lancez, sans réfléchir, qu'il est maladroit.

À essayer

Revenir sur le mot qui colle une étiquette à l'enfant, décrire le geste précis et réparer ensemble le petit accident.

  • « J'ai dit que tu étais maladroit, mais je me suis trompé : c'est le verre qui est tombé. »
  • « Prenons un chiffon pour essuyer l'eau ensemble. »

À garder en tête : Il est possible de reconnaître une phrase maladroite sans en faire une scène solennelle.