Gabriel, mon fils de presque quatre ans, avait renversé la boîte de cubes d’un grand geste. J’avais arrêté son jeu pour lui demander de venir se laver les mains. Il n’avait pas trouvé ma proposition intéressante.
J’ai retenu la boîte avant qu’elle ne touche sa petite sœur, Angelina, sept mois, puis j’ai éloigné le bébé. Ma voix était montée.
Quand je suis revenue, Gabriel était derrière le canapé. Après sa colère, mon enfant se cachait. Les cubes, eux, occupaient tranquillement la moitié du salon.
Baisser les yeux ne raconte pas toute l’histoire
J’ai eu envie de demander : « Pourquoi tu as fait ça ? » Puis : « Regarde-moi quand je te parle. »
Je voulais vérifier qu’il avait compris. Mais je risquais surtout d’ajouter une épreuve au moment où il s’était déjà retiré.
Son regard baissé ne me disait pas exactement ce qu’il ressentait. Il pouvait être gêné, encore en colère ou inquiet de ma réaction. Je n’avais pas besoin de choisir une explication pour m’asseoir près du canapé, sans chercher ses yeux.
« Je suis là. Je ne te laisserai pas lancer la boîte. »
J’ai aussi reconnu que j’avais crié. Cela ne rendait pas son geste acceptable. Cela me permettait de parler de mon propre geste sans lui confier la responsabilité de ma voix.
Il n’a pas répondu tout de suite. J’ai laissé un peu d’espace. Puis il a demandé si Angelina avait eu mal.
Reprendre contact, puis réparer le geste
J’ai répondu que je l’avais éloignée et qu’elle allait bien. La boîte aurait pu la blesser. Cette limite restait là, même avec une voix plus douce.
Nous n’avions pas besoin d’une grande explication sur sa personnalité. Nous avions une boîte renversée, un bébé à protéger et des cubes à ramasser. C’était déjà un sujet assez précis.
Quand Gabriel est sorti de derrière le canapé, je lui ai proposé de remettre les cubes dans la boîte avec moi. Pas comme un prix à payer pour que je lui reparle : comme la suite concrète de ce qui s’était passé.
« Tu peux être très fâché. La boîte, je l’arrête pour que personne ne soit blessé. »
« Quand tu seras prêt, nous ramasserons ensemble. »
Il a commencé par les gros cubes. J’ai pris les petits. Nous sommes ensuite allés nous laver les mains, avec quelques protestations supplémentaires : reprendre contact ne transformait pas soudainement le programme en bonne idée.
Je n’ai pas demandé qu’il me regarde pour vérifier notre réconciliation. Il m’a apporté un cube oublié sous le meuble.
Nous avions pu revenir sur son geste sans le laisser seul derrière le canapé.




