J’avais préparé les vêtements de Gabriel, mon fils de presque quatre ans, vérifié les affaires d’Angelina, sept mois, et trouvé une idée de sortie pour le lendemain. Je savais ce qui ferait plaisir à chacun.

Quand mon compagnon m’a demandé ce que j’avais envie de faire, j’ai répondu par le programme des enfants.

Il a précisé : « Et toi ? »

J’ai regardé le plan de travail. Le bonheur des enfants occupait beaucoup de place dans ma journée. Le mien n’avait pas vraiment de case, même minuscule.

Le bonheur du parent ne peut pas toujours attendre

J’aime les voir contents. Un rire de Gabriel peut changer une matinée. Mais je m’étais mise à considérer mes propres plaisirs comme quelque chose qu’on retrouverait plus tard.

Quand le bébé dormirait mieux. Quand les départs seraient plus faciles. Quand la maison serait rangée avant le soir.

Il y avait toujours une condition suivante. Et, en attendant, je savais organiser une journée agréable sans y mettre beaucoup de ce que j’aimais moi-même.

Je ne cherchais pas une nouvelle activité à réussir. J’avais surtout envie d’un café chaud, d’une tartine de pain frais et de quelques pages d’un livre. Des choses assez ordinaires pour que je les repousse facilement.

Faire une place au plaisir, au milieu de la vraie journée

Le lendemain, mon compagnon a pris les enfants pendant que je m’installais à la table de la cuisine. Nous avons simplement précisé ce petit relais. Je n’avais pas à garder une oreille disponible pour chaque demande.

La cuisine était encore en désordre. Je n’ai pas attendu de l’avoir remise en état pour m’asseoir. Mon café n’était pas la récompense du ménage terminé.

J’ai lu quelques pages. Pas assez pour raconter que j’avais retrouvé du temps pour tout. Assez pour sentir que cette journée contenait aussi quelque chose que j’avais choisi pour moi.

Cela ne règle ni la fatigue ni une organisation trop lourde. Si je n’ai jamais de place, le sujet dépasse la tartine : il faut aussi revoir ce que je porte et la façon dont nous nous relayons.

Mais, ce matin-là, je n’avais pas envie de transformer ce plaisir en objectif, avec une durée idéale et un bilan à faire. Je pouvais simplement l’apprécier.

Gabriel est revenu me montrer une tour. J’ai terminé ma gorgée avant de me lever. Il n’avait pas à me rendre heureuse, ni à comprendre tout ce que cette petite pause représentait.

Je pouvais aimer m’occuper de mes enfants et garder un goût pour ma propre journée. Le pain frais n’attendait pas qu’ils soient grands.