Oscar, quatre ans et demi, est entré dans la cuisine au moment où Julien, son papa, venait de raccrocher le téléphone. Julien avait les yeux humides après une mauvaise nouvelle familiale, rien qu’Oscar ait besoin de porter sur ses épaules.

« Pourquoi tu pleures ? »

Julien a répondu automatiquement : « Je ne pleure pas. Tout va bien. »

Oscar l’a regardé quelques secondes puis est reparti.

La phrase était censée le rassurer. Pourtant, Julien a eu une drôle d’impression : son fils venait de voir quelque chose très clairement et lui venait de lui expliquer que cette chose n’existait pas.

Protéger ne veut pas forcément dire cacher

Un enfant de quatre ans n’a pas à connaître tous les problèmes des adultes. Il n’a pas besoin des détails d’un conflit, d’une inquiétude financière ou d’une situation qu’il ne peut ni comprendre ni résoudre.

Mais entre tout raconter et prétendre que tout va toujours bien, il existe un espace assez large.

On peut dire : « Je suis triste aujourd’hui, mais ce n’est pas à cause de toi. Je vais m’occuper de moi. »

Ou : « Je suis stressé, j’ai besoin de quelques minutes pour me calmer. »

L’enfant n’a pas à réparer l’émotion. Il peut simplement voir qu’un adulte en ressent une, la nomme et continue à avancer avec elle.

Julien s’est rendu compte qu’il demandait souvent l’inverse à Oscar. Quand son fils était en colère, il l’encourageait à mettre des mots dessus. Quand il avait peur, il lui disait que la peur pouvait être là sans décider de tout. Lui, en revanche, disparaissait parfois derrière « ça va ».

Une émotion n’est pas une mission pour l’enfant

Julien a rejoint Oscar dans le salon.

« Tout à l’heure, je t’ai dit que tout allait bien. En fait, j’étais triste. C’est une histoire d’adultes et tu n’as rien à faire pour m’aider. Mais tu avais raison, j’avais les larmes aux yeux. »

Oscar a demandé si un câlin aiderait. Julien a dit oui. Puis Oscar est retourné à ses Lego.

C’était exactement ce que Julien espérait : pas une grande conversation, pas un enfant chargé de le consoler, juste une émotion qui pouvait exister sans devenir inquiétante ou mystérieuse.

Depuis, il ne raconte pas tout. Mais il essaie de ne plus faire comme si les adultes étaient les seuls membres de la famille à ne jamais être tristes, fâchés ou dépassés.

Montrer comment on traverse une émotion est peut-être aussi une façon d’accompagner celles de nos enfants.