Louise, ma fille de cinq ans, venait de terminer un épisode de Bluey quand elle a attrapé deux peluches et les a posées devant moi.
Le dîner n’était pas rangé et j’avais surtout envie que personne ne me demande de devenir un chien, une cliente ou une serveuse pendant les vingt prochaines minutes.
Louise a regardé l’écran encore allumé.
Voilà. Je venais de me faire comparer à un chien de dessin animé, et j’avais quand même réussi à me sentir légèrement coupable.
Ne pas avoir envie de jouer avec son enfant n’est pourtant pas une anomalie à corriger. On peut aimer le voir inventer des histoires sans avoir soi-même l’énergie d’entrer dans chaque scénario.
Quand une série bienveillante devient un standard impossible
J’aime Bluey justement parce que les adultes y entrent souvent dans le monde des enfants. Ils jouent, improvisent, transforment une situation banale en aventure. C’est drôle et, parfois, ça donne de bonnes idées.
Le petit bug commence quand on ne regarde plus seulement une fiction, mais une sorte de démonstration de ce qu’un « bon parent » devrait réussir à faire toute la journée.
Je ne me disais pas consciemment qu’il fallait ressembler aux parents de Bluey. Pourtant, devant les peluches de Louise, j’avais cette petite voix : cinq minutes de jeu, ce n’est quand même pas trop demander.
Sauf que parfois, cinq minutes sont de trop. Et ce n’est pas forcément un problème.
Dire non au jeu sans repousser l’enfant
Dire « je n’ai pas envie de jouer » peut sembler brutal parce qu’on entend facilement derrière : « je n’ai pas envie d’être avec toi ». Ce ne sont pourtant pas les mêmes choses.
On peut rester disponible autrement : écouter l’histoire que l’enfant invente, regarder sa construction, répondre quand il vient montrer quelque chose, ou simplement être dans la même pièce sans participer au jeu.
Ce soir-là, j’aurais pu accepter par culpabilité et passer vingt minutes à attendre que le restaurant ferme. J’ai préféré être claire.
« Je n’ai pas envie de jouer au restaurant maintenant. Tu peux commencer et me montrer après ce que tu as préparé. »
« Je reste près de toi, mais cette fois je ne joue pas. »
Louise n’a pas applaudi cette nouvelle politique familiale. Elle a soupiré, installé ses peluches à table et commencé sans moi.
Quelques minutes plus tard, elle m’a apporté une assiette vide.
J’ai mangé le gâteau invisible. Elle est repartie servir ses clients, très satisfaite de son compromis.
Je n’avais pas joué au restaurant. Mais j’étais quand même entrée un peu dans son monde, juste à ma façon.



