Camille avait réservé le samedi matin pour une activité avec Malo, son fils de presque trois ans. Elle hésitait entre la peinture et une sortie à la bibliothèque. Avant cela, il fallait acheter du pain, des pommes et de quoi préparer le dîner.

Elle avait annoncé les courses comme on annonce une formalité à supporter avant le vrai programme. Malo, lui, avait déjà attrapé son petit sac.

Au magasin, il a voulu choisir les pommes. Camille en a désigné quelques-unes et l’a laissé en prendre trois. Il les a déposées dans son sac avec une attention qu’elle aurait volontiers attribuée à une activité de motricité fine. Mais c’étaient simplement les pommes du déjeuner.

Participer au quotidien, pour de vrai

Faire les courses avec son enfant n’avait rien d’une sortie exceptionnelle. Camille surveillait l’heure, Malo s’arrêtait et le pain menaçait de tomber. Pourtant, il avait quelque chose à faire qui comptait vraiment.

Il ne transportait pas des aliments en plastique pendant qu’elle s’occupait des vrais. Ses pommes allaient arriver sur leur table. Camille lui a demandé de repérer le pain sur l’étagère du bas. Il lui a montré celui qu’ils prenaient d’habitude.

Camille cherchait une activité qui lui ferait plaisir. Malo essayait surtout de participer à celle qu’elle était déjà en train de faire.

Cela ne rendait pas les courses miraculeuses. Un rayon bondé, une attente trop longue ou un enfant fatigué pouvaient vite changer l’ambiance. Mais ce matin-là, elle avait failli considérer comme du temps perdu un moment qu’il semblait trouver intéressant.

Une petite tâche, sans programme caché

À la caisse, Camille a récupéré le sac pour éviter que les pommes roulent partout. Malo a protesté : c’était lui qui les portait. Elle lui a rendu le sac après le paiement et gardé le cabas le plus lourd.

L’idée n’était pas de lui confier une responsabilité trop grande. Une tâche courte, adaptée à ce qu’il pouvait faire, suffisait : poser les serviettes, apporter un légume ou ranger quelques produits avec elle.

Elle pouvait aussi renoncer si les conditions ne s’y prêtaient pas. Le quotidien n’avait pas à devenir une animation permanente, comme lorsqu’on n’a pas envie de participer à tous les jeux.

« Tu peux porter les trois pommes. Je prends le reste. »

« Tu veux m’aider à les mettre dans le panier, ou tu préfères regarder ? »

De retour à la maison, Malo a déposé les pommes sur la table, puis demandé ce qu’ils allaient manger avec. Camille lui a montré le pain.

La peinture pouvait toujours avoir lieu plus tard. Pour l’instant, Malo voulait choisir une tranche pour son assiette. Elle avait fini les courses ; lui n’avait pas fini de participer.