Oscar, mon fils de quatre ans et demi, faisait tomber une tour de cubes en riant. Nous étions rentrés de l’enterrement d’un proche depuis peu. J’étais encore assis avec mon manteau sur les genoux.

Son rire m’a surpris. Quelques heures plus tôt, il avait pleuré. À présent, il réclamait un cube rouge. J’ai eu cette pensée que je n’aurais pas aimé entendre à voix haute : il avait donc déjà oublié.

Repartir jouer ne mesure pas l’attachement

Le deuil d’un jeune enfant ne ressemble pas forcément à une tristesse continue. Il peut poser une question, pleurer, jouer puis revenir à ce qui lui manque. Son rire ne permet pas de conclure que la personne ne comptait plus.

Je regardais Oscar avec mon rythme d’adulte. Lui pouvait retrouver un jeu familier au milieu d’une journée bouleversée. Je n’avais pas besoin d’interrompre sa tour pour vérifier que son chagrin était toujours présent.

Cela ne voulait pas dire décider à sa place que le jeu lui faisait du bien, ni lire un message caché dans chaque cube. Il avait aussi le droit de construire une tour simplement parce qu’il avait envie de construire une tour.

Je pouvais laisser coexister ces moments sans attendre de lui la bonne expression de tristesse. Les larmes n’étaient pas un hommage à produire devant moi.

Répondre quand la question revient

Oscar m’a demandé si la personne morte pourrait voir sa construction. J’ai posé mon manteau. Sa question méritait une réponse, même si elle arrivait entre deux éclats de rire.

Je pouvais employer des mots simples sur la mort, sans la présenter comme un sommeil ou un voyage dont on revient. Et distinguer ce que nous savons de ce que notre famille croit.

« Quand quelqu’un est mort, son corps ne fonctionne plus et il ne revient pas. »

« Tu peux jouer et penser à lui. Si une question revient, tu peux me la poser. »

Il n’était pas nécessaire de tout expliquer d’un coup. Répéter une réponse ne signifiait pas qu’il n’avait pas écouté la première fois. Il pouvait avoir besoin d’y revenir, avec d’autres mots ou au même endroit.

Si sa souffrance devient envahissante, s’il se replie durablement ou si son quotidien est fortement perturbé, je peux demander un accompagnement adapté. Jouer n’exclut pas le besoin d’aide.

Oscar a cherché le cube rouge, puis m’a demandé de m’asseoir près de la tour. Je suis resté au sol avec lui. Nous n’avons pas eu besoin de choisir entre parler de la personne et continuer à jouer.

À garder sous la main

La situation

Après un décès, votre enfant alterne tristesse, questions et jeu.

À essayer

Laisser le jeu possible et rester disponible pour répondre simplement quand les questions reviennent.

  • « Tu n’as pas besoin d’être triste tout le temps pour aimer cette personne. »

À garder en tête : Les réactions varient. Une souffrance envahissante ou un retrait durable justifie de demander du soutien.