Louise, ma fille de cinq ans, avait posé une boîte de feutres dans notre panier. Quand je l’ai remise sur l’étagère, elle a crié qu’elle voulait ceux-là, puis s’est mise à pleurer au milieu du rayon.
Une dame a tourné la tête. J’ai aussitôt commencé à parler plus fort, moi aussi, pour expliquer que nous avions déjà des feutres à la maison. Une information qui, apparemment, devait être connue de tout le magasin.
Quand mon enfant fait une crise en public, il y a parfois deux choses à gérer : sa colère et ma peur de passer pour une mère qui ne sait pas s’y prendre.
Ce jour-là, Louise regardait la boîte. Moi, je regardais la dame.
Une crise en public, et un parent qui se sent observé
Je n’avais aucune idée de ce que cette cliente pensait. Elle avait peut-être simplement entendu du bruit. Dans ma tête, pourtant, elle venait de s’installer au jury de mon examen parental.
J’avais envie que Louise se calme, mais aussi que cela se voie : j’avais dit non, je tenais ma décision et je maîtrisais la situation. Ma réponse commençait à s’adresser au rayon entier.
Le refus des feutres n’avait pas changé. Ce qui avait changé, c’était mon empressement à obtenir une réaction présentable. J’aurais aussi bien pu acheter la boîte pour faire cesser le bruit que durcir le ton pour montrer que je ne cédais pas.
Décider de rester ou de sortir
Sortir du magasin n’est pas forcément céder. On peut laisser les feutres sur l’étagère et aller ailleurs pour retrouver un peu d’espace. Rester n’est pas davantage une preuve qu’on gère mieux.
Je pouvais me demander ce qui nous aiderait vraiment : le rayon était-il trop bruyant ? Est-ce que nous gênions le passage ? Avais-je encore assez de patience pour attendre près d’elle, ou fallait-il interrompre les courses ?
Il n’était pas question de faire comme si personne d’autre n’existait. Libérer le passage était utile. Obtenir le silence pour me sentir moins jugée, c’était une autre demande.
J’ai rapproché le panier et proposé à Louise de nous mettre au bout du rayon. Je me suis accroupie près d’elle, en baissant la voix. Notre stock de feutres n’avait plus besoin d’explications publiques.
« Tu voulais les feutres. Aujourd’hui, on ne les achète pas. Je reste avec toi. »
« On va se mettre un peu à l’écart, ce sera plus tranquille. Je viens avec toi. »
Louise a encore pleuré. Nous avons attendu un moment, puis pris le pain et le lait. J’avais renoncé au reste de la liste.
À la caisse, Louise m’a passé le pain. Je lui ai tendu le sac.



