Malo, mon fils de presque trois ans, s’est cogné le tibia contre le petit tabouret pendant que je rinçais une assiette. Il a poussé un cri, puis m’a appelée : « J’ai très, très mal ! »
J’avais vu le choc et il ne m’avait pas semblé violent. « Tu exagères » était déjà au bord de mes lèvres.
J’ai posé l’assiette.
La douleur d’un enfant ne se mesure pas au volume de ses pleurs. Et mon impression de petit choc ne me disait pas exactement ce que Malo ressentait.
Regarder la douleur avant de juger la réaction
Je lui ai demandé de me montrer où il avait mal, puis regardé sa jambe. Une petite marque apparaissait. Il voulait aussi monter sur mes genoux.
J’aurais pu traduire cela par « il veut surtout de l’attention ». Mais avoir besoin de moi ne prouvait pas qu’il n’avait pas mal. La surprise, la douleur et l’envie d’être consolé pouvaient très bien arriver ensemble.
À presque trois ans, Malo ne me donnait pas une mesure précise. Son « très, très mal » pouvait être la phrase disponible pour dire que quelque chose venait de se passer et qu’il voulait que je m’arrête.
Je n’avais pas besoin de confirmer une catastrophe. Je pouvais prendre sa plainte au sérieux, vérifier ce qui était arrivé et rester près de lui.
Quelques minutes plus tard, il est redescendu de mes genoux et a repris son jeu. C’était rassurant dans cette scène. Cela ne constituait pas une preuve qu’il avait joué la comédie.
Consoler sans amplifier ni minimiser
Parfois, mon envie de relativiser vient surtout du fait que je suis occupée. Si je conclus trop vite que « ce n’est rien », je peux continuer mon geste. Mais je risque aussi de lui demander de me convaincre davantage pour obtenir une pause.
Je peux commencer par une réponse simple, sans décider à sa place de l’intensité de sa douleur.
« Tu t’es cogné. Montre-moi où tu as mal. »
« Je suis là. On se pose un moment et on regarde. »
L’attention donnée ne remplace pas les soins nécessaires. Si l’enfant ne peut plus prendre appui sur sa jambe ou si la douleur est forte ou s’aggrave, il faut une évaluation médicale urgente. Une douleur persistante ou une blessure inquiétante mérite aussi un avis médical, même si l’enfant a déjà beaucoup pleuré pour un petit choc.
Une fois Malo rassuré, je lui ai montré le tabouret qui dépassait et nous l’avons repoussé sous la table. Je pouvais ensuite retourner à mon assiette.
Il n’avait pas eu besoin de me convaincre de le prendre au sérieux. L’assiette pouvait attendre quelques minutes.




