Un dimanche, Louise, ma fille de cinq ans, s’est allongée sur le tapis en annonçant qu’elle s’ennuyait. J’avais déjà entrouvert mentalement le tiroir des activités : pâte à modeler, peinture, promenade, gâteau.
« Je ne sais pas quoi faire. »
Je cherchais une réponse avant même de savoir ce qu’elle attendait de moi. Quand mon enfant s’ennuie, j’ai parfois l’impression qu’un petit service après-vente doit se mettre en route.
Ce jour-là, j’ai refermé le tiroir. Pas celui des jouets : celui des propositions.
Quand un enfant s’ennuie, tout n’a pas besoin d’être rempli
J’ai répondu que je l’entendais. Je terminais de plier du linge, juste à côté. Louise a soupiré, changé de côté, puis soupiré à nouveau avec une certaine application.
Ce moment n’avait rien d’une activité réussie. Il n’avait pas non plus besoin d’être immédiatement corrigé.
En proposant toujours quelque chose, je peux finir par prendre en charge le démarrage de chaque jeu. Louise se retrouve alors à choisir parmi mes idées, y compris pour m’expliquer pourquoi aucune ne convient. Le dimanche devient un catalogue dont elle refuse les pages.
Laisser un espace vide, pour moi, consistait à rester là sans produire la prochaine animation. Elle pouvait se plaindre un peu, regarder autour d’elle ou ne rien faire pendant un moment.
Laisser du temps sans laisser l’enfant seul avec tout
Je ne voulais pas transformer l’ennui en exercice obligatoire d’autonomie. Si Louise était épuisée, triste ou venait surtout chercher ma présence, je pouvais l’écouter et me rapprocher. Attendre ne signifie pas ignorer ce qu’un enfant demande.
J’ai donc posé une question simple : voulait-elle que je m’assoie un moment près d’elle ? Elle a répondu non. Elle voulait quelque chose à faire, mais pas mes idées.
J’ai continué mon linge. Un carton resté près du canapé a fini par attirer son attention. Elle y a installé un coussin, puis demandé une cuillère en bois pour ramer.
Cela aurait aussi pu ne déboucher sur aucun bateau. Je n’avais pas gagné un pari sur la créativité. J’avais seulement évité de remplir le creux avant qu’elle puisse y chercher quelque chose.
Quand un enfant a réellement besoin d’un coup de départ, un peu de présence peut l’aider à entrer dans son jeu. Ce dimanche-là, Louise avait surtout besoin que mes suggestions lui laissent de la place.
Au moment de ranger le linge, j’ai trouvé une rame sur ma pile de serviettes. Le carton était toujours au milieu du salon. Le vide avait tenu quelques minutes, et c’était déjà assez.




