À la boulangerie, Iris, trois ans et demi, a pincé son nez devant le comptoir.

« Beurk, ça pue ! »

Nora, sa maman, a baissé les yeux vers elle. Iris souriait déjà, prête à profiter de l’effet produit. Mais le petit silence de la boutique ne ressemblait pas du tout aux éclats de rire de la veille.

Au repas de famille, quelqu’un avait fait cette grimace devant un fromage. Iris l’avait copiée. Les adultes avaient ri, puis demandé de recommencer. Nora aussi avait souri.

Le lendemain, son enfant répétait le comportement. La petite imitatrice avait gardé le geste et la phrase. Elle avait oublié de demander dans quels commerces le numéro était autorisé.

Pourquoi l’enfant répète ce qui fait rire

Un enfant peut très bien repérer ce qui amuse les adultes sans comprendre pourquoi la même chose devient gênante ailleurs. Hier, ce geste lui avait offert un public ravi. Aujourd’hui, on lui demandait de savoir qu’il fallait changer de registre.

Le problème n’était donc pas seulement ce qu’Iris répétait. C’était aussi le message reçu : les grands riaient, réclamaient une nouvelle version, puis voulaient que cela s’arrête au bon moment.

On peut avoir ri et décider ensuite que la plaisanterie s’arrête. Mais multiplier les « encore ! » rend la limite plus difficile à lire.

Nora a expliqué à Iris qu’on pouvait dire qu’une odeur ne plaisait pas sans faire ce numéro devant les gens. Elle n’avait pas besoin de lui faire honte ni de prétendre que personne n’avait ri la veille.

Mettre aussi les adultes dans la conversation

De retour, Nora a parlé à la famille. Elle pouvait demander de ne plus encourager cette imitation, sans organiser un procès du sens de l’humour.

Avec Iris, puis avec les adultes, elle pouvait dire :

« On a ri hier. Mais je ne veux plus qu’on dise ça aux gens. Tu peux dire que tu n’aimes pas l’odeur. »

« Si on veut qu’elle arrête, évitons de lui demander de recommencer pour nous faire rire. »

Cela aide aussi de proposer une autre façon de s’amuser : une voix de robot, un bruit d’animal ou une chanson absurde qui ne vise personne. Et si un adulte relance malgré tout, le parent peut changer ce qu’il fait dans la situation, par exemple emmener l’enfant commencer un autre jeu.

Iris n’a pas rangé la grimace instantanément. Au repas suivant, elle a encore pincé son nez. Nora a rappelé la limite, et quelqu’un a proposé de faire le bruit d’un tracteur.

Le dessert a été très bruyant. Cette fois, les adultes riaient d’autre chose et ne réclamaient plus la grimace.

À garder sous la main

La situation

Votre enfant répète en public une imitation qui a fait rire la famille, puis reçoit des demandes contradictoires d’arrêter ou de recommencer.

À essayer

Poser une limite courte et demander aussi aux adultes de ne plus réclamer le numéro. Proposer une autre façon de s’amuser qui ne gêne ni ne vise quelqu’un.

  • « Cette blague-là, on la laisse. Tu nous montres ton autre voix ? »
  • « Aidons-la à trouver autre chose qui nous amuse. »

À garder en tête : Le geste peut revenir. Un rire qui échappe n’annule pas la limite, et l’enfant peut avoir besoin de plusieurs rappels cohérents.