Oscar, mon fils de quatre ans et demi, savait parfaitement monter l’escalier tout seul.

Cela ne l’a pas empêché de s’arrêter au pied des marches le soir où je portais Alice, sa petite sœur de deux ans.

« Porte-moi. »

J’ai regardé Alice dans mes bras. Puis Oscar.

« Tu sais monter tout seul. »

Il n’a pas bougé.

« Mais elle, tu la portes. »

J’étais à deux doigts de lui expliquer qu’Alice était plus petite, que lui était lourd et que je n’avais, détail assez important, que deux bras.

Puis j’ai repensé aux autres fois où Oscar avait soudain besoin d’aide. Il voulait s’asseoir sur mes genoux quand Alice y était déjà. Il réclamait que je l’aide à mettre ses chaussures au moment où je fermais celles de sa sœur.

Le problème n’était peut-être pas qu’il ne savait plus faire les choses seul.

Il voulait surtout quelque chose précisément quand Alice l’avait déjà.

Quand la jalousie arrive sous la forme d’une demande impossible

La jalousie entre frère et sœur ne ressemble pas toujours à « je n’aime pas ma sœur ». Elle peut prendre la forme d’une série de petites réclamations qui tombent systématiquement au mauvais moment.

Face à cela, j’avais tendance à répondre avec des faits.

« Je t’ai porté hier. »
« Je me suis occupé de toi toute la matinée. »
« Alice est plus petite. »

Tout était vrai. Mais Oscar ne semblait pas tenir un tableau Excel de l’attention parentale. Lui prouver que la répartition était raisonnable ne répondait pas vraiment à ce qu’il essayait de vérifier.

Cela ne voulait pas dire non plus que je devais le porter chaque fois qu’Alice était dans mes bras.

Reconnaître la jalousie sans rendre tout possible

Je ne pouvais pas monter l’escalier avec les deux enfants dans les bras. La limite n’avait pas besoin de disparaître pour que je reconnaisse sa déception.

Je pouvais simplement dire :

« Tu aurais aimé que je te porte aussi. Là, mes bras sont occupés. Tu veux monter près de moi ? »

« Je m’occupe d’Alice maintenant. Après, je viens m’asseoir avec toi un moment. »

L’idée n’était pas de compenser chaque minute passée avec sa sœur ni de promettre une égalité parfaite. C’était plutôt d’éviter de répondre à chaque demande de proximité par : « Tu es grand maintenant. »

Ce soir-là, Oscar est finalement monté l’escalier en tenant mon pull.

Une fois Alice couchée, je me suis assis sur le canapé. Il est venu se coller contre moi sans rien demander.

Nous sommes restés comme ça quelques minutes.

Il n’avait pas obtenu mes bras au moment où il les réclamait. Mais il n’avait pas eu besoin de gagner sa place non plus.