À la fin de la visite, Louise, cinq ans, avait déjà enfilé ses bottes. Sa grand-mère s’est penchée pour un bisou d’au revoir, mais Louise a gardé les mains dans ses poches.

« Pas de bisou. »

Élodie, sa maman, a vu sa grand-mère se redresser. Le silence s’est installé juste assez longtemps pour qu’elle sente qu’on attendait sa réaction. La phrase qui aurait remis tout le monde à l’aise lui est venue : « Allez, fais un petit effort… » Un bisou, et chacun pourrait passer à autre chose.

Quand un enfant refuse un bisou à un proche, le malaise touche souvent aussi le parent. On pense à la politesse, à la peine éventuelle du grand-parent et au regard des personnes présentes. Le geste paraît petit, mais l’embarras prend vite toute la place.

Louise ne venait pas forcément de rejeter sa grand-mère. Elle pouvait être fatiguée, encore absorbée par son jeu ou simplement ne pas avoir envie de contact à cet instant. Son refus ne racontait pas toute leur relation. Elle n’avait pas à en fournir la preuve en donnant un bisou.

Quand un enfant refuse un bisou à un proche

Élodie a compris qu’elle était sur le point de demander à sa fille un geste d’affection pour faire disparaître l’embarras des adultes. Ce n’était pas une mauvaise intention. Elle voulait ménager sa mère et transmettre les règles de politesse. Mais demander à Louise de rassurer sa grand-mère avec un contact qu’elle ne souhaitait pas, c’était lui confier une gêne qui appartenait aux adultes.

Sa mère avait le droit d’être un peu déçue. Élodie pouvait le reconnaître et lui dire qu’elle était contente de la voir. Sa mère n’avait pas à faire semblant que cela ne lui faisait rien, pas plus que Louise n’avait à la consoler.

Dire au revoir sans imposer un câlin

Respecter son refus ne signifie pas rompre le lien ou renoncer à enseigner les salutations. Élodie peut elle-même dire bonjour avec chaleur, puis laisser Louise terminer son jeu et rejoindre la conversation quand elle est prête. La politesse se transmet aussi par le parent qui montre comment accueillir quelqu’un, sans exiger un geste d’affection.

Au moment de partir, Élodie aurait pu lui dire :

« Tu n’as pas envie de bisou, d’accord. Tu peux lui dire au revoir à ta façon. »

« Louise n’a pas envie de câlin pour le moment. Moi, je suis contente de t’avoir vue. »

En sortant, Louise a fait un signe de la main à sa grand-mère. Personne ne lui avait demandé. La visite s’était terminée sans bisou, mais pas sans au revoir.