Malo, mon fils de presque trois ans, avait retiré une seule chaussure et s’était assis dans l’entrée. L’autre restait à son pied, comme si la journée n’était pas tout à fait terminée.
Après la crèche, tout semblait l’agacer : ma question, sa chaussette, le sac posé trop près de lui. J’ai lancé une chanson qu’il aimait. J’espérais que la musique changerait l’humeur de mon enfant, avec un peu moins de travail que la chaussure.
« Non, maman. Arrête. »
J’ai proposé une autre chanson. Il a demandé le silence.
Une chanson aimée peut être un bruit de plus
J’avais choisi quelque chose de joyeux parce que je voulais retrouver mon petit garçon joyeux. Le morceau était devenu une tentative de raccourci : appuyer sur un bouton et obtenir un visage plus détendu.
Mais Malo n’avait pas demandé à être remis de bonne humeur. À ce moment-là, il demandait seulement que cela s’arrête.
Je ne savais pas tout ce qui avait rempli sa journée. Je pouvais au moins constater que la musique ne lui convenait pas maintenant. Un morceau qu’il réclame le samedi matin peut l’agacer le mardi soir. Ce n’est pas forcément un changement de goût, ni un message compliqué à décoder.
J’ai éteint la radio. Le silence a laissé entendre la fermeture de mon sac et le petit bruit de sa chaussure sur le sol. Rien de très spectaculaire. C’était justement assez bien.
Proposer la musique sans lui confier une mission
La musique garde sa place chez nous. Nous chantons parfois pour ranger, nous dansons dans la cuisine et Malo peut réclamer trois fois le même refrain. Mais une proposition a besoin de pouvoir être refusée.
Quand j’utilise une chanson pour le calmer, je peux regarder ce qu’elle produit réellement, au lieu de défendre mon idée jusqu’au bout. S’il se crispe davantage ou demande l’arrêt, je peux éteindre sans chercher immédiatement une meilleure playlist.
« Tu veux une chanson, ou tu préfères sans musique ? »
« D’accord, j’éteins. Je reste près de toi. »
Le calme n’a pas besoin de devenir un nouveau programme. Il peut rester un moment sans question, avec un verre d’eau à portée de main. S’il veut ensuite raconter sa journée, tant mieux. S’il veut seulement enlever sa deuxième chaussure, cela suffit aussi.
Malo n’a pas souri dès que j’ai coupé la chanson. Il m’a tendu son pied pour que je l’aide, puis il a posé sa tête contre mon bras.
Je n’avais pas changé son humeur. J’avais arrêté de lui ajouter quelque chose qu’il ne voulait pas.




