Le pont d’Oscar, mon fils de quatre ans et demi, s’était écroulé juste au moment où je préparais le dîner. Il avait essayé de le refaire, poussé les blocs, puis pleuré de colère.

J’ai proposé mon téléphone et lancé une courte vidéo. Les pleurs se sont arrêtés.

J’ai repris la cuisine avec ce soulagement très concret : je pouvais enfin terminer quelque chose. Quand la vidéo s’est achevée, Oscar a regardé les blocs et recommencé à pleurer.

J’avais cru que le problème était passé. Pour lui, le pont était toujours par terre.

Le silence me renseignait surtout sur les pleurs

Je ne pouvais pas savoir exactement ce qu’Oscar avait ressenti pendant la vidéo. Peut-être qu’elle lui avait offert une pause agréable. Peut-être qu’il avait cessé de penser à sa construction un moment.

Mais je m’étais servi de son silence comme d’une réponse complète. Plus de pleurs : donc il allait mieux, donc nous pouvions passer à la suite.

Il m’avait demandé de l’aide pour refaire le pont avant que je sorte le téléphone. Dans l’urgence du dîner, j’avais surtout entendu le bruit.

L’écran nous avait donné un répit. Il n’avait pas réparé les blocs, ni permis à Oscar de me montrer ce qui ne tenait pas.

Revenir vers lui après la pause

J’ai posé le téléphone hors du tapis et je me suis accroupi près de la construction. Oscar a poussé un bloc dans ma direction.

« Tu voulais qu’il tienne, et il tombe encore. Montre-moi la partie qui ne tient pas. »

Il m’a demandé de tenir un pilier. J’ai pu l’aider quelques minutes, puis annoncer que je devais retourner à la cuisine. Il était encore contrarié quand une autre pièce a glissé. Nous n’avions pas trouvé un bouton pour arrêter la frustration.

Au moins, je répondais maintenant à quelque chose de précis. Je pouvais aider, rester près de lui un instant ou dire quand je reviendrais.

Je ne vais pas toujours avoir cette disponibilité. Certains soirs, une vidéo peut faire partie des moyens de souffler. Je peux choisir ce que nous regardons et annoncer quand elle se termine, sans transformer ce recours en faute parentale.

En revanche, je peux garder une question pour après : de quoi avait-il besoin avant que le son s’arrête ? D’aide, d’une pause, de ma présence, ou simplement du droit d’être déçu ?

Oscar m’a rappelé pour son pont après le dîner.

Cette fois, j’ai laissé mon téléphone sur le plan de travail et pris le pilier qu’il me tendait.