Malo, le fils de Camille, a presque trois ans. Sur le chemin du parc, il a accéléré à l’approche d’un passage piéton.
Camille, sa maman, l’a rattrapé avant le bord du trottoir et lui a rappelé qu’ici, elle avait besoin qu’il reste près d’elle.
Malo a hoché la tête très sérieusement.
Cinq minutes plus tard, un camion-poubelle est passé dans la rue. Malo a tiré sur sa main pour courir le voir.
Camille a eu cette pensée immédiate : mais il venait de me le promettre. Pourquoi son enfant ne tenait-il pas ses promesses alors qu’il semblait si sincère ?
Et si, justement, il l’était ?
Promettre n’est pas encore savoir s’arrêter
Une promesse regarde vers le futur. Pour la tenir, Malo doit se souvenir de ce qu’il a dit, reconnaître que la même règle s’applique quelques minutes plus tard et réussir à freiner son envie au moment précis où quelque chose de passionnant apparaît.
À presque trois ans, ce décalage est facile à oublier parce qu’il sait déjà dire « promis » avec beaucoup de sérieux.
Le problème n’est donc pas forcément qu’il n’accorde aucune valeur à sa parole. Au moment où Malo a fait sa promesse, il pouvait réellement vouloir faire exactement ce qu’on lui demandait. Quelques minutes plus tard, l’envie de courir pouvait simplement être plus forte que sa capacité à appliquer cette intention.
Et plus la promesse est vaste, comme « je ne recommencerai plus », plus elle demande à l’enfant de réussir seul quelque chose qu’il est peut-être encore en train d’apprendre.
Répéter « mais tu me l’avais promis » risque alors de déplacer le problème. On ne parle plus seulement de ce qu’il vient de faire, mais du fait qu’il aurait manqué à sa parole. Alors qu’il a peut-être surtout besoin d’aide pour réussir autrement la prochaine fois.
Une limite vaut parfois mieux qu’une promesse
Camille a donc essayé de ne plus demander à Malo de garantir son comportement futur. Près de la route, la sécurité ne dépendrait pas de sa capacité à se souvenir d’une promesse.
Elle pouvait poser la limite elle-même, puis lui rendre de la liberté là où c’était possible.
« Je ne te demande pas de me promettre. Près de la route, je tiens ta main. »
« Le trottoir, c’est avec moi. Dès qu’on arrive au parc, tu pourras courir. »
Cela n’empêche pas d’apprendre peu à peu ce qu’est un engagement. On peut confier aux enfants de petits accords concrets, sur un temps court, puis remarquer quand ils y arrivent. Mais une promesse ne remplace pas encore l’accompagnement dont ils ont besoin.
La fois suivante, au même passage piéton, Camille n’a pas demandé : « Tu me promets ? »
Elle a simplement tendu la main.



