Oscar faisait rouler un petit camion rouge sur le tapis depuis plusieurs minutes. Il avait construit une route avec deux coussins et une boîte à chaussures transformée en garage.

Alice s’est approchée et a essayé de prendre le camion.

Oscar l’a ramené contre lui.

« Non. C’est à moi. »

Julien, leur papa, a répondu presque automatiquement : « Oscar, partage un peu avec ta sœur. »

Oscar l’a regardé, très contrarié : « Mais je joue avec ! »

Et Julien a hésité. Parce qu’un enfant qui ne veut pas partager ses jouets donne vite l’impression qu’il faut intervenir. On veut lui apprendre à être généreux, à penser aux autres, à ne pas tout garder pour lui.

Sauf que, dans cette scène, Oscar n’était pas forcément en train de refuser le partage. Il était surtout en train de dire qu’il n’avait pas fini.

Partager n’est pas forcément donner tout de suite

Pour un adulte, « partage » peut vouloir dire : laisse ta sœur jouer aussi.

Pour un enfant, cela peut facilement sonner comme : donne-lui maintenant le jouet que tu es en train d’utiliser.

Et ce n’est pas exactement la même compétence.

Partager, attendre son tour, passer le jouet à quelqu’un d’autre et négocier s’apprennent progressivement. Le simple fait de prononcer « partage » ne donne pas encore le mode d’emploi.

D’ailleurs, entre adultes, nous demandons rarement à quelqu’un de lâcher immédiatement ce qu’il utilise. Si quelqu’un lit un livre, on ne le lui retire pas des mains parce qu’une autre personne vient de le demander.

Apprendre à attendre, c’est aussi apprendre à partager

Julien a donc essayé autre chose. Au lieu de demander à Oscar de céder le camion, il a décrit la situation.

« Oscar joue avec le camion pour le moment. Alice, tu pourras l’avoir quand il aura fini. »

« Oscar, quand tu as terminé, tu peux le donner à Alice. »

Ce n’est pas magique. Alice n’est pas devenue ravie d’attendre et Oscar n’a pas offert le camion avec un grand sourire généreux. Mais la règle était plus claire : personne ne prenait le jouet des mains de l’autre, et chacun aurait son tour.

Quand plusieurs enfants jouent ensemble, on peut aussi faciliter les choses : proposer plusieurs jouets, lancer une activité qui se prête vraiment au jeu à plusieurs ou mettre de côté quelques objets très précieux avant l’arrivée d’un copain.

Le but n’est pas d’éviter tous les conflits. C’est aussi dans ces moments que les enfants apprennent à attendre, protester, négocier et recommencer à jouer.

Ce jour-là, Alice a attendu un peu. Oscar a fini sa route, puis lui a tendu le camion.

Il n’avait pas partagé sur commande. Mais le camion avait changé de mains sans qu’on l’arrache à personne.

Finalement, apprendre à partager avait peut-être commencé par apprendre à attendre.