À l’entrée de l’anniversaire, Gabriel, mon fils de presque quatre ans, s’est arrêté net. Dans le salon, plusieurs enfants couraient déjà entre les ballons. Une maman s’est approchée pour lui dire bonjour et il s’est glissé derrière mes jambes.

« Il est un peu timide », ai-je expliqué avec mon sourire d’adulte qui veut éviter un silence gênant.

Gabriel n’avait rien dit. J’avais parlé à sa place, et je venais peut-être de transformer deux minutes d’hésitation en trait de caractère.

Le temps de regarder avant d’entrer

À la maison, Gabriel peut raconter une histoire pendant un quart d’heure sans reprendre son souffle. Devant des gens qu’il connaît moins, il lui arrive de rester silencieux. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas envie de les rencontrer. Il lui faut parfois observer les visages, comprendre le jeu en cours et vérifier qu’il a un endroit où revenir.

Ce jour-là, j’avais surtout remarqué les autres adultes. Ils attendaient un bonjour, une réponse, peut-être un sourire. J’avais envie de montrer que mon enfant savait être poli. Lui essayait simplement de comprendre où il venait d’arriver.

Qualifier un enfant de « timide » n’est pas forcément grave. Mais répéter cette étiquette devant lui peut finir par lui donner un rôle qu’il n’a pas choisi. Et le pousser à parler immédiatement risque de rendre la rencontre encore plus impressionnante.

Laisser une porte ouverte, sans pousser

Je me suis accroupie à côté de Gabriel et j’ai proposé que nous regardions ensemble le jeu quelques instants. J’ai salué la maman sans exiger qu’il répète mon bonjour. Il pouvait rester près de moi, faire un signe de la main ou aller jouer quand il se sentirait prêt.

« Tu peux rester avec moi le temps de regarder. »

« Tu peux dire bonjour avec la main si tu préfères. »

Cela ne veut pas dire éviter toutes les rencontres. Si Gabriel avait besoin d’aide pour rejoindre un groupe, je pouvais lui proposer d’aller voir un enfant ensemble. Et si cette gêne devenait très pénible pour lui dans beaucoup de situations, cela mériterait qu’on s’y intéresse davantage.

Au bout de quelques minutes, Gabriel a aperçu une piste de voitures. Il a lâché ma main et demandé au garçon qui jouait à côté s’il pouvait faire rouler la bleue.

Je n’avais pas réussi à le rendre moins timide. Je lui avais simplement laissé le temps de commencer.