Oscar, mon fils de quatre ans et demi, venait de construire une maison avec des coussins. Il avait réservé une pièce pour sa petite sœur Alice, une pour moi et une pour les dinosaures. Sa maman avait droit à la plus grande chambre, parce qu’elle avait, selon lui, « beaucoup de choses ».

Puis il s’est arrêté devant sa construction.

« Papa, quand je serai grand, on habitera toujours tous ensemble ? »

J’ai failli répondre oui. C’était le mot le plus facile, celui qui aurait refermé la question en une seconde.

Mais je savais aussi qu’un jour Oscar aurait peut-être envie de vivre ailleurs. Et je ne voulais pas lui promettre quelque chose que personne ne peut garantir.

Une question sur demain, un besoin d’aujourd’hui

À quatre ans, l’avenir ressemble parfois à une extension du présent. Les enfants imaginent qu’ils seront grands tout en conservant leurs habitudes, leurs jouets et les personnes autour de la table.

Quand Oscar me demandait si nous vivrions toujours ensemble, il ne préparait pas un dossier immobilier. Il cherchait surtout à savoir si les liens qui le rassuraient aujourd’hui allaient disparaître.

Je lui ai dit qu’en grandissant, beaucoup de personnes choisissent un autre endroit pour habiter. Certaines restent près de leur famille, d’autres vont plus loin. Mais habiter dans deux maisons différentes ne veut pas dire arrêter de s’aimer.

Il a réfléchi un moment.

« Même si j’ai une maison avec un dragon ? »

« Même avec un dragon. On pourra toujours se voir et s’appeler. »

Être honnête sans raconter toute la vie d’un coup

Il existe une tentation inverse : vouloir être tellement exact qu’on déroule devant un petit enfant toutes les incertitudes de l’avenir. Les déménagements, les séparations possibles, les années qui passent. Pourtant, il n’avait rien demandé de tout cela.

J’ai essayé de répondre à sa vraie question, avec ce que je pouvais affirmer aujourd’hui : nous sommes sa famille, nous l’aimons et nous sommes là pour nous occuper de lui.

Cela ne garantit pas que rien ne changera. Cela lui donne un point d’appui sans inventer un futur immobile.

Oscar est retourné à ses coussins. Il a déplacé le dinosaure dans ma chambre, puis a ajouté une porte entre toutes les pièces.

« Comme ça, on pourra se rendre visite. »

Il avait trouvé une solution architecturale à une question que je trouvais immense.

Je lui ai demandé si le dragon avait le droit de venir aussi.

« Oui. Mais il doit enlever ses chaussures. »

À garder sous la main

La situation

Votre enfant demande si vous vivrez toujours ensemble.

À essayer

Observer ce que votre enfant essaie de faire et lui laisser un peu de place avant de proposer une nouvelle idée.

  • « Tu veux que je joue avec toi ou que je te laisse continuer ? »

À garder en tête : Le jeu n'a pas besoin d'être dirigé ou transformé en activité éducative à chaque instant.