Depuis l’orage de la veille, Louise, cinq ans, regardait le ciel avec méfiance. Quand Élodie, sa maman, lui a demandé si le tonnerre lui avait fait peur, elle a haussé les épaules : « Non. »

Pourtant, au premier bruit de camion dans la rue, Louise s’était précipitée près d’elle. Élodie aurait aimé comprendre ce qui l’inquiétait. Mais chaque nouvelle question semblait refermer un peu plus la conversation.

Elle a sorti une feuille et les crayons qui traînaient sur la table, sans autre consigne que : « Tu veux dessiner un peu ? »

Louise a commencé par un petit toit rouge. Au-dessus, elle a ajouté un nuage gris, puis un deuxième, puis des traits de pluie si grands qu’ils prenaient presque toute la page. La maison est devenue minuscule sous cet énorme ciel.

Élodie avait envie de demander si cette toute petite maison représentait Louise, ou si les nuages étaient sa peur. Elle s’est retenue. Après tout, elle ne pouvait pas savoir ce que signifiait le dessin à sa place.

Ce que le dessin permet, sans tout expliquer

« Il y a beaucoup de pluie sur ta feuille », a-t-elle simplement remarqué.

Louise a tapoté la fenêtre dessinée : « Hier, ça faisait boum et la vraie fenêtre bougeait. »

Voilà. Quelques mots, qu’Élodie n’avait pas réussi à obtenir en posant des questions directes. Elle lui a répondu : « Oui, c’était vraiment bruyant. Tu as été surprise. » Louise a ajouté un éclair jaune. Puis elle a demandé un crayon vert pour dessiner de l’herbe.

Un dessin peut donner à un enfant une autre manière d’aborder ce qui lui fait peur. Mais ce n’est ni un test psychologique ni un message secret que le parent devrait décoder. Un nuage noir n’a pas une signification universelle ; parfois, c’est juste le crayon qu’on avait sous la main.

Lui laisser raconter ce qu’elle veut

Élodie n’a pas cherché à prolonger l’entretien. Elle aurait pu proposer à Louise de raconter ce qui s’était passé, mais pas lui imposer une discussion sous prétexte que le dessin était terminé.

Si elle avait eu envie d’en reparler, Élodie pouvait repartir de ses propres mots :

« Tu m’as dit que la fenêtre bougeait. C’est ça qui t’a impressionnée ? »

« On peut en parler, ou simplement rester ensemble. »

Le lendemain, il faisait beau. Louise a repris son dessin pour ajouter un soleil, puis elle est partie jouer. Élodie ne savait pas si la peur était passée, et ce n’était pas le but de la feuille.

Elles avaient simplement trouvé une façon d’en parler, à partir de ce que Louise avait envie de montrer.

À garder sous la main

La situation

Un enfant ne veut pas toujours raconter ce qui l’inquiète.

À essayer

C’est ça qui t’a impressionnée ? » « On peut en parler, ou simplement rester ensemble. »

  • « Tu as eu peur. Tu veux me raconter ce que tu as imaginé ? »

À garder en tête : La peur ressentie est réelle, même si ce qui l'a déclenchée est imaginaire.