Gabriel, mon fils de presque quatre ans, me racontait une histoire de limace pendant que je vérifiais son sac. Je l’écoutais, je cherchais la gourde et je pensais à ce qu’il faudrait acheter pour le dîner. Angelina, sa petite sœur de sept mois, venait de se réveiller. Puis Gabriel m’a demandé si nous pouvions sortir.

J’ai eu envie de répondre que je ne voulais plus être mère pendant une heure.

La phrase m’a surprise. J’aimais être avec mes enfants. Son histoire de limace était même plutôt bonne. Mais j’étais fatiguée de mon rôle de mère : être celle qui savait ce qu’il restait, ce qui manquait et ce qu’on ferait ensuite.

Ce qui me fatigue n’est pas forcément leur présence

Quand j’ai essayé d’expliquer mon besoin de pause, j’ai commencé par dire que je voulais du calme. Ce n’était pas faux, mais ce n’était pas tout.

Je pouvais avoir du calme pendant qu’il dessinait et continuer à surveiller l’heure, préparer une réponse au prochain « on fait quoi ? » ou calculer si les vêtements seraient secs pour le lendemain.

Ce que je voulais interrompre, c’était cette disponibilité qui restait allumée même lorsque personne ne me demandait rien.

Je n’avais pas besoin de convaincre Gabriel que ses questions étaient excessives. Il avait presque quatre ans et une limace à décrire. C’était à moi de chercher un relais auprès d’un adulte, pas à lui de devenir moins enfant pour me soulager.

Dire que j’étais fatiguée ne retirait rien au plaisir de l’entendre. Cela me donnait une indication plus précise sur ce dont j’avais besoin.

Un relais qui ne me laisse pas les commandes

L’autre parent a proposé de les emmener au parc. J’ai aussitôt commencé à expliquer où étaient les vestes, quel goûter prendre et à quelle heure rentrer. J’organisais déjà la pause dont je venais de demander à sortir.

Nous avons repris autrement. Il pouvait préparer les sacs, choisir le parc et gérer le retour. Les informations utiles, oui ; ma supervision de chaque détail, non.

« J’ai besoin que tu prennes le relais, y compris pour décider de la suite. »

« Pendant ce moment, je ne serai pas la personne à consulter pour chaque petite chose. »

Ce relais n’est pas toujours disponible. Certains jours, il faut demander à un proche, réduire le programme ou reconnaître qu’une organisation ne tient plus. Et si la fatigue s’installe, une heure au parc ne réglera pas tout.

Mais ce jour-là, nous pouvions commencer par là. Je n’ai pas préparé une activité pour utiliser intelligemment mon temps. Je me suis assise et j’ai laissé mon téléphone face contre la table.

À leur retour, Gabriel avait une nouvelle histoire, cette fois avec un chien. J’étais contente de l’écouter. Je n’avais pas eu à organiser sa promenade.