J’ai sorti du sac de Louise, ma fille de cinq ans, une feuille avec des bandes de papier découpées puis collées. Certaines étaient droites, d’autres ressemblaient à des routes après un glissement de terrain.
La veille, une autre maman m’avait montré le travail de son fils, dans la même classe. Ses bandes semblaient avoir été livrées par une usine. J’avais trouvé cela joli, puis beaucoup moins joli en regardant celles de Louise.
Ma fille, née en fin d’année, était-elle moins à l’aise que les autres en maternelle ? J’étais déjà en train de prévoir des séances de découpage à la maison.
Née en fin d’année, mais comparée à toute la classe
En reparlant avec cette maman, j’ai appris que son fils était né en janvier. Louise, elle, était de décembre. Ils avaient cinq ans tous les deux, mais presque onze mois les séparaient.
Je le savais, évidemment. Je n’y avais simplement pas pensé devant les feuilles.
La classe les réunissait sous la même étiquette. Dans ma tête, elle venait aussi de leur donner exactement le même point de départ. Je regardais deux résultats comme si chacun avait eu le même temps pour grandir, s’exercer à tenir les ciseaux et ajuster son geste.
Cela n’expliquait pas forcément chaque bande de travers. Louise pouvait être fatiguée, pressée de rejoindre un jeu ou encore peu à l’aise avec les ciseaux. Son mois de naissance ne racontait pas tout. Mais il manquait à ma comparaison.
Et, surtout, une feuille découpée ne permettait pas de décider ce dont elle serait capable.
Demander ce qui progresse, plutôt que qui réussit mieux
J’ai finalement parlé à la maîtresse avant de transformer notre table en atelier de rattrapage. Elle m’a montré une feuille précédente : Louise tenait mieux ses ciseaux et avait réussi cette fois à suivre une partie du trait.
Je cherchais son retard sur un autre enfant. Elle me montrait son progrès depuis le dernier essai.
On peut garder les deux pieds dans le réel : tenir compte de l’âge, sans attribuer toutes les difficultés au calendrier. Si une difficulté persiste ou gêne l’enfant au quotidien, elle mérite qu’on en parle avec l’équipe pour chercher l’aide adaptée.
Pour commencer, deux questions peuvent rendre la discussion plus précise.
« Qu’est-ce qu’elle arrive à faire maintenant qu’elle ne faisait pas encore il y a quelques semaines ? »
« Sur quoi a-t-elle besoin d’aide en ce moment, et comment peut-on l’aider sans la comparer aux autres ? »
À la maison, Louise a voulu fabriquer une couronne. J’ai tenu la feuille pendant qu’elle découpait, sans ressortir celle du camarade comme modèle.
La couronne penchait un peu. Elle tenait très bien sur sa tête.



