Dans le train, Iris, trois ans et demi, faisait voyager son lapin en tissu entre ses genoux et ceux de Nora, sa maman. À chaque arrivée, elle annonçait la gare avec une voix de contrôleur très convaincante. Pas forcément très discrète.

Un passager a levé les yeux. Nora a aussitôt sorti son téléphone.

Iris n’avait pas réclamé d’écran. Elle n’était même pas en colère. Mais donner un écran à son enfant dans les transports paraissait soudain la manière la plus rapide de redevenir une famille silencieuse.

Nora a lancé une vidéo sans le son. Iris a posé son lapin.

Un écran pour qui, exactement ?

Le trajet était long et Nora avait prévu de quoi occuper Iris. Elle n’avait pas décidé que le téléphone serait interdit. Ce qui l’a surprise, c’était la vitesse de sa décision : un regard avait suffi.

Elle ignorait ce que le passager pensait. Il avait peut-être simplement entendu l’annonce de la gare. Dans sa tête à elle, pourtant, il fallait déjà montrer qu’elle faisait quelque chose.

Le téléphone réglait plusieurs difficultés à la fois. Iris restait assise, sa voix se taisait et Nora pouvait cesser de surveiller les regards autour d’elles.

C’était un soulagement réel. Mais ce n’était pas tout à fait la même chose que de se demander ce qui aiderait sa fille à traverser ce trajet.

Et le soulagement était fragile : maintenant qu’Iris regardait une vidéo, Nora imaginait aussi les commentaires sur ces parents qui donnent trop d’écrans. Elle venait de changer de motif de jugement, pas forcément d’en sortir.

Prévoir le trajet, pas réussir l’examen

Respecter les autres voyageurs reste nécessaire. On peut aider un enfant à baisser la voix sans lui demander de ne plus exister entre deux stations. Le lapin pouvait continuer son voyage ; les annonces pouvaient se faire tout près de l’oreille de Nora.

Pour un prochain trajet, elle pouvait garder un petit jeu à portée de main et décider à l’avance dans quelles circonstances elle proposerait une vidéo. Cela n’empêcherait ni la fatigue ni un changement de programme. Mais elle aurait un autre repère que le premier regard venu.

Au moment de sortir le téléphone, une question pouvait lui servir :

Une question pour soi« Qu’est-ce qui est difficile là : le trajet pour elle, ou le regard des autres pour moi ? »

Parfois, la réponse serait les deux. Elle pourrait quand même choisir l’écran, sans en faire la preuve qu’elle avait échoué ou qu’Iris était impossible à occuper autrement.

À la station suivante, Iris a demandé de récupérer son lapin. Nora a fait une place au lapin sur ses genoux. Le train continuait, et le lapin aussi.