Des idées simples pour débugger le quotidien avec nos enfants

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LES GRANDS DOSSIERS · AUTONOMIE ET LIMITES

Donner le choix à son enfant : comment l’aider à devenir autonome sans tout négocier ?

Pourquoi les petits choix peuvent compter autant, comment les proposer et ce qu’ils changent dans le rapport des enfants à leurs émotions.

Dans l’entrée, Gabriel, 3 ans, refuse les deux chaussures posées devant lui ; Marie, sa maman, les lui propose avec patience et une légère exaspération.

Ce matin, Gabriel, 3 ans, refuse de mettre ses chaussures. Sa maman, Marie, lui a déjà expliqué trois fois qu’il fallait partir. Elle tente une nouvelle approche :

« Tu préfères mettre la chaussure gauche ou la droite en premier ? »

Gabriel réfléchit deux secondes.

« Aucune ! »

Voilà. La négociation n’aura pas duré longtemps.

Donner le choix à un enfant est souvent présenté comme une astuce presque magique. On lui propose deux possibilités, il choisit, tout le monde est content. Dans la vraie vie, c’est rarement aussi simple.

Pourtant, derrière cette petite technique se cache quelque chose de bien plus intéressant qu’une manière d’obtenir sa coopération : le besoin de l’enfant d’avoir une véritable influence sur ce qui lui arrive.

Et si les choix que nous leur proposons servaient moins à éviter les conflits qu’à les aider à devenir autonomes, à prendre confiance en leurs capacités et, progressivement, à mieux gérer leurs émotions ?

1. Pourquoi les enfants ont-ils autant besoin de choisir ?

Se sentir acteur de sa propre vie

Gabriel montre fièrement le pull jaune qu’il a choisi, tandis que Marie le laisse décider devant son armoire.

Un enfant de trois ans ne choisit ni l’heure à laquelle il se lève, ni celle à laquelle il part à la crèche. Il ne décide pas davantage du moment où l’on interrompt son jeu, où il doit se brosser les dents ou aller se coucher.

Alors, lorsqu’il insiste pour choisir lui-même son verre, ses chaussures ou l’ordre dans lequel il enfile ses chaussettes, ce n’est peut-être pas uniquement pour nous compliquer la vie. C’est parfois l’une des rares décisions de sa matinée qui lui appartient vraiment.

Entre 2 et 4 ans, les enfants affirment progressivement leurs préférences et découvrent qu’ils peuvent agir sur leur environnement. Le fameux « moi tout seul ! » accompagne cette construction de l’autonomie.

En psychologie, l’autonomie ne signifie pas faire tout ce que l’on veut, sans aucune contrainte. C’est notamment le sentiment de pouvoir agir selon ses propres intentions, de participer à ce qui nous concerne.

Un enfant qui choisit son pyjama n’a pas pris le contrôle de la maison. Il a simplement pu exercer un peu de contrôle sur sa propre vie.

Et ce sentiment compte.

Et les grosses émotions dans tout ça ?

Gabriel est contrarié de devoir interrompre son jeu de train ; Marie s’accroupit à sa hauteur et l’écoute calmement, un manteau sur le bras.

Revenons à Gabriel.

Depuis son réveil, il a dû terminer son petit-déjeuner, abandonner ses voitures pour s’habiller, se laver les dents et se préparer à partir. Toutes ces demandes sont parfaitement justifiées. Mais, de son point de vue, presque tout a été décidé à sa place.

Au moment de mettre son manteau, il explose.

La fatigue, la faim, les transitions difficiles ou simplement l’envie de continuer à jouer peuvent évidemment expliquer sa réaction. Mais le sentiment de ne rien pouvoir décider peut ajouter une frustration supplémentaire.

Proposer un choix, c’est parfois rendre une contrainte un peu plus acceptable en laissant à l’enfant une véritable marge de manœuvre.

Gabriel ne peut pas décider de rester à la maison toute la matinée, mais il peut choisir quel jouet emporter. Il ne peut pas décider de supprimer le brossage des dents, mais il peut choisir de commencer seul ou avec l’aide de sa maman.

Ces petits choix ne suppriment pas les obligations. Ils évitent simplement que chaque détail soit imposé par l’adulte.

D’ailleurs, le moment auquel nous proposons un choix compte beaucoup.

Avant une situation potentiellement frustrante, laisser une petite initiative peut faciliter la transition :

« On va bientôt partir. Tu préfères prendre ton camion ou ton doudou ? »

Pendant une grosse colère, en revanche, comparer des options peut devenir trop difficile. Un enfant complètement débordé a parfois surtout besoin de calme, de temps et de la présence rassurante d’un adulte. Lui proposer un câlin ou lui demander s’il préfère que nous restions près de lui peut être utile, mais inutile de multiplier les questions s’il n’arrive pas à répondre.

Après la colère, lorsqu’il est de nouveau disponible, un petit choix peut lui permettre de reprendre une activité à son rythme.

L’objectif n’est donc pas de transformer chaque émotion en exercice de prise de décision. C’est de créer, au quotidien, un environnement dans lequel l’enfant peut progressivement exercer son autonomie tout en étant accompagné lorsqu’il en a besoin.

2. Comment proposer des choix au quotidien ?

Il ne suffit pas de proposer deux possibilités pour qu’un enfant se mette à coopérer. La manière de présenter les options, leur nombre et le moment choisi peuvent avoir leur importance.

Et certaines recherches réservent quelques surprises.

L’astuce étonnante du deuxième choix

Lorsqu’on demande à un petit enfant :

« Tu préfères le pantalon bleu ou le pantalon vert ? »

Il arrive qu’il réponde « le vert », même s’il semblait initialement attiré par le bleu.

Alors, faut-il systématiquement placer notre option préférée en deuxième ?

Pas nécessairement. L’ordre des propositions peut influencer ce que les tout-petits répondent, pas forcément ce qu’ils préfèrent réellement.

Dans les petites décisions sans grande importance, nous pouvons essayer de proposer en dernier l’option qui nous arrangerait le plus, à condition que les deux restent réellement acceptables. C’est une astuce amusante, mais certainement pas une règle fiable pour tous les enfants.

Et lorsqu’il s’agit de connaître une véritable préférence, mieux vaut parfois montrer concrètement les deux possibilités, laisser l’enfant les désigner ou lui demander de choisir sans l’influencer.

Faut-il vraiment se limiter à deux possibilités ?

On entend souvent qu’il faut toujours proposer exactement deux options aux jeunes enfants, sous peine de les submerger.

C’est un conseil pratique, mais les recherches invitent à le nuancer.

Pour autant, inutile de sortir 26 pulls chaque matin pour laisser son enfant s’habiller.

Choisir un autocollant pour le plaisir, sans urgence, n’a pas grand-chose à voir avec choisir une tenue alors que tout le monde est en retard.

La bonne question n’est donc pas « combien de choix faut-il toujours proposer ? », mais plutôt « combien de possibilités mon enfant peut-il facilement comparer dans cette situation ? ».

Deux options constituent souvent un excellent point de départ, particulièrement pour les jeunes enfants ou dans les moments de fatigue. Mais davantage de liberté peut être tout à fait approprié dans d’autres circonstances.

Cinq astuces qui méritent d’être essayées

Installés côte à côte sur le canapé, Gabriel hésite entre un livre rouge et un livre bleu pendant que Marie attend patiemment son choix.

1. Laisser choisir la manière, même lorsque l’obligation ne change pas

Certains événements sont décidés par les adultes : se brosser les dents, partir à la crèche, mettre sa ceinture en voiture.

Mais la façon de les accomplir peut parfois être négociable.

« Tu veux commencer le brossage tout seul ou tu préfères que je commence ? »

« On doit ranger les jouets. Tu préfères t’occuper des voitures ou des livres ? »

Le choix porte sur un élément réel de la situation, sans remettre en question ce qui est nécessaire.

2. Ne pas proposer deux options si une troisième serait parfaitement acceptable

Marie présente deux pulls à Gabriel.

« Le rouge ou le bleu ? »

« Le jaune ! »

Le jaune est propre, adapté à la météo et à portée de main. Pourquoi refuser ?

Parfois, nous nous accrochons aux deux possibilités proposées comme si l’enfant devait impérativement respecter les règles d’un jeu que nous venons d’inventer.

Pourtant, lorsqu’il propose une troisième solution raisonnable, il fait précisément ce que nous souhaitons encourager : il réfléchit et prend une initiative.

Bien sûr, toutes les propositions ne sont pas réalisables. Mais si la troisième option fonctionne tout aussi bien, il serait dommage de la rejeter par principe.

3. Rendre les choix concrets et laisser le temps de répondre

Pour un tout-petit, comparer deux vêtements qu’il voit est souvent plus facile que répondre à une question abstraite.

On peut lui montrer les possibilités, lui permettre de les toucher ou de les désigner.

Et surtout, lui laisser quelques secondes.

Nous avons parfois tendance à poser une question, attendre deux secondes, puis décider nous-mêmes parce que l’enfant ne répond pas. Or, choisir demande de comprendre les possibilités, de les comparer et de formuler une réponse.

Lorsqu’on n’est pas pressé, ce petit temps d’attente fait partie de l’apprentissage.

4. Ne pas transformer chaque minute en questionnaire

« Quelle assiette ? Quel verre ? Quelle cuillère ? Tu veux t’asseoir où ? Et les pâtes, avec ou sans sauce ? »

À force de vouloir laisser l’enfant décider de tout, nous risquons de rendre les routines inutilement compliquées.

Un enfant n’a pas besoin de participer à toutes les décisions de la journée pour développer son autonomie.

Il peut même être rassurant que certaines choses soient simplement organisées par les adultes.

Mieux vaut quelques décisions qui comptent réellement pour lui qu’une succession de questions auxquelles il n’avait pas particulièrement envie de répondre.

5. Laisser parfois l’enfant inventer entièrement sa solution

Nous proposons souvent des choix très encadrés : rouge ou bleu, pommes ou poires, dessin ou puzzle.

Mais pourquoi ne pas demander, lorsque la situation s’y prête :

« À quoi aimerais-tu jouer ? »

« Comment pourrait-on faire pour transporter tous ces jouets ? »

« Tu as une idée pour qu’on arrive à tout ranger ? »

L’autonomie ne consiste pas seulement à sélectionner une proposition imaginée par un adulte. Elle consiste aussi à développer ses propres idées, à essayer, à se tromper et à trouver des solutions.

Des exemples de choix qui ont du sens

Situation Une possibilité à proposer
Le départ approche « Tu veux emmener ton camion ou ton doudou ? »
Il faut s’habiller « Tu choisis tes vêtements ou on les choisit ensemble ? »
Le brossage des dents « Tu commences tout seul ou je commence ? »
Il faut ranger « Tu t’occupes des voitures ou des livres ? »
L’heure du coucher « Tu préfères qu’on lise dans ton lit ou sur le canapé avant d’aller dormir ? »
Un après-midi libre « À quoi aimerais-tu jouer aujourd’hui ? »

Ces propositions ne fonctionnent que si nous sommes prêts à accepter les réponses. Sinon, mieux vaut annoncer clairement ce qui va se passer plutôt que poser une fausse question.

3. Donner du pouvoir sans abandonner les limites

« Tu veux aller te coucher ? »

La question semble gentille. Mais si le coucher n’est pas négociable, l’enfant risque de répondre « non », et nous voilà obligés de lui expliquer que, finalement, il n’avait pas vraiment le choix.

Un adulte pourrait difficilement apprécier qu’on lui demande son avis avant de lui annoncer que sa réponse ne compte pas.

Les enfants non plus.

La différence entre un vrai choix et un faux choix

Un vrai choix suppose que les possibilités proposées soient réellement acceptables.

Si nous devons partir, demander « Tu veux rester à la maison ou sortir ? » ne sert à rien lorsque rester n’est pas envisageable.

Nous pouvons simplement dire :

« On doit partir. Tu préfères prendre ta trottinette ou marcher ? »

Mais il faut également reconnaître que tous les problèmes ne se résolvent pas en trouvant une nouvelle alternative.

Ce matin-là, lorsque Gabriel répond « aucune » à la question sur ses chaussures, Marie pourrait continuer à proposer d’autres choix : chaussures bleues ou marron, pied gauche ou droit, avec ou sans aide.

Pourtant, Gabriel n’a peut-être simplement aucune envie d’interrompre son jeu.

Dans cette situation, reconnaître sa frustration peut être plus utile que chercher une formulation toujours plus inventive.

« Tu aurais aimé continuer à jouer. Je comprends. Mais on doit partir, alors je vais t’aider à mettre tes chaussures. »

Respecter l’autonomie d’un enfant ne signifie pas obtenir son accord sur chaque décision.

Les adultes restent responsables de la sécurité, des soins nécessaires et de l’organisation familiale. En revanche, les enfants peuvent progressivement prendre davantage de décisions dans les domaines qui les concernent.

Certaines décisions leur appartiennent même pleinement, notamment le fait d’accepter ou non un bisou ou un câlin. L’affection physique ne devrait pas être imposée simplement pour satisfaire un adulte.

L’enjeu consiste à distinguer ce que l’enfant peut décider seul, ce que l’on peut décider ensemble et ce qui relève encore de notre responsabilité.

Le but n’est pas simplement d’obtenir un « oui »

Il serait tentant de retenir uniquement les petites techniques qui facilitent le quotidien. Placer notre option préférée en deuxième, limiter les propositions, choisir soigneusement nos mots.

Elles peuvent rendre service, mais elles ne constituent pas le véritable objectif.

Lorsqu’un enfant choisit, il découvre que ses préférences ont de la valeur, qu’il peut prendre des initiatives et qu’il est capable de participer aux décisions qui le concernent.

Il apprend aussi, progressivement, à accepter certaines conséquences, à tenir compte des autres et à comprendre que toutes les décisions ne lui appartiennent pas.

Finalement, peut-être que la question la plus importante n’est pas « comment faire pour qu’il choisisse l’option qui nous arrange ? ».

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que mon enfant pourrait réellement décider lui-même aujourd’hui ? »

Et accepter, de temps en temps, que sa réponse soit très différente de celle que nous avions prévue.

Même si nous avions soigneusement placé notre option préférée en deuxième.

Questions fréquentes

Et si mon enfant refuse les deux possibilités ?

Commencez par chercher ce qu’il refuse réellement. Un enfant qui ne veut pas quitter le parc n’a probablement pas un problème avec le choix de ses chaussures.

Reconnaissez sa déception, puis maintenez la limite lorsque c’est nécessaire.

« Tu aurais aimé rester plus longtemps. Je comprends. Mais maintenant, nous devons rentrer. »

Vous pouvez ensuite proposer une petite initiative s’il semble disponible, sans multiplier les négociations. Et s’il refuse toujours, vous pouvez l’accompagner dans ce qui doit être fait.

Et si mon enfant utilise les choix pour gagner du temps ?

C’est fréquent lors des transitions, notamment au coucher.

L’enfant choisit une histoire, puis en veut une autre. Il choisit son pyjama, puis demande de changer. Chaque décision devient une nouvelle occasion de repousser le moment redouté.

Dans ce cas, mieux vaut annoncer clairement le cadre avant de proposer un choix :

« On va lire une histoire avant de dormir. Tu peux choisir laquelle. »

Une fois l’histoire terminée, la limite reste la même, même si l’enfant réclame un nouveau choix.

Cela ne veut pas dire qu’il cherche forcément à nous manipuler. Il peut simplement avoir du mal à interrompre un moment agréable.

À partir de quel âge peut-on proposer des choix ?

Dès qu’un enfant commence à exprimer des préférences, on peut lui proposer de petites décisions adaptées à ses capacités.

Avant 2 ans, cela peut être aussi simple que présenter deux jouets et le laisser en désigner un.

Entre 2 et 3 ans, les choix concrets concernant les vêtements, les histoires ou les jeux deviennent particulièrement accessibles.

Entre 3 et 5 ans, beaucoup d’enfants peuvent progressivement expliquer leurs préférences et proposer leurs propres solutions.

Avec l’âge, on peut leur confier des décisions plus complexes, en tenant compte de leur maturité et du contexte.

Ces repères restent indicatifs : un enfant fatigué de 5 ans peut parfois avoir besoin d’options aussi simples qu’un enfant de 2 ans.

Et si mon enfant change d’avis après avoir choisi ?

Tout dépend des conséquences du changement.

S’il veut finalement le livre rouge plutôt que le bleu et que nous n’avons pas encore commencé à lire, pourquoi pas ?

Mais si l’histoire est déjà presque terminée et qu’il souhaite tout recommencer, nous pouvons maintenir une limite :

« Tu aurais finalement préféré l’autre histoire. On pourra la lire demain. »

Apprendre à décider, c’est aussi découvrir que certains choix peuvent être modifiés facilement, tandis que d’autres engagent davantage.

L’objectif n’est pas de sanctionner le changement d’avis, mais d’aider progressivement l’enfant à comprendre les conséquences de ses décisions.

Comment savoir si je propose trop de choix ?

Il n’existe pas de nombre idéal de décisions par jour.

Mais si l’enfant semble agacé par les questions, peine à répondre ou si les routines deviennent interminables, il est peut-être préférable de simplifier.

Nous pouvons choisir nous-mêmes les détails sans importance et réserver à l’enfant des décisions qui ont réellement du sens pour lui.

Proposer moins de choix ne signifie pas respecter moins son autonomie. Ce qui compte, c’est de lui offrir des occasions authentiques de participer.

Références scientifiques

  1. Castelo et al. (2022). Parent Provision of Choice Is a Key Component of Autonomy Support in Predicting Child Executive Function Skills. Frontiers in Psychology. Étude observationnelle sur 366 enfants d’âge préscolaire et les fonctions exécutives. Consulter l’étude · DOI : 10.3389/fpsyg.2021.773492.

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  4. Sumner et al. (2019). Cake or broccoli? Recency biases children’s verbal responses. PLOS ONE. Études sur l’influence de l’ordre des possibilités dans les réponses des jeunes enfants. Consulter l’étude · DOI : 10.1371/journal.pone.0217207.

  5. Castelo, Kim & Carlson (2023). More is more: toddlers do not show choice overload. Frontiers in Developmental Psychology. Deux expériences sur la préférence des tout-petits pour le choix, notamment parmi de nombreuses possibilités. Consulter l’étude · DOI : 10.3389/fdpys.2023.1317426.