En juin, Malo, mon fils de presque trois ans, demandait une deuxième portion de courgettes. En octobre, il a regardé les rondelles dans son assiette et annoncé qu’il n’avait jamais aimé ça.

J’ai répondu que si. Il en mangeait chez nous, chez sa grand-mère, même froides une fois. J’avais suffisamment de preuves pour ouvrir un petit dossier.

Mon enfant refusait un aliment qu’il aimait avant. Je cherchais à lui montrer que son histoire ne tenait pas debout. Lui cherchait surtout à me dire ce qu’il ne voulait pas manger maintenant.

Ses anciens goûts ne sont pas un engagement

Le changement m’agaçait plus que je ne l’aurais cru. Les courgettes faisaient partie des choses acquises, celles que je pouvais acheter sans réfléchir. Son refus remettait du travail là où j’avais enfin arrêté d’en prévoir.

J’ai essayé de retrouver le détail qui expliquait tout. Trop épaisses ? Moins cuites ? Pas la même assiette ? Certains de ces détails pouvaient compter. Mais je n’allais pas forcément trouver la version exacte qui le ferait revenir à son enthousiasme de juin.

Un goût peut changer, une texture gêner ce jour-là ou un aliment ne plus donner envie. Je pouvais rester curieuse sans demander à Malo de fournir une explication stable à chaque repas.

Il n’avait pas besoin de nier tout son passé avec les courgettes. Je n’avais pas besoin de le lui réciter non plus.

Continuer à proposer, sans vérifier qu’il aime encore

J’ai arrêté la discussion. Il y avait aussi des pâtes et du poulet sur la table. Malo a mangé les pâtes, puis le poulet, pendant que les courgettes restaient sur le côté.

Au repas suivant, je pouvais encore en proposer, en petite quantité et sans annoncer un grand retour. Pas en les cachant pour lui prouver ensuite qu’il en avait mangé. Je préférais qu’il sache ce qui se trouvait dans son assiette.

« Tu en mangeais avant. Aujourd’hui, tu n’en as pas envie. »

« Il y en a sur la table si tu veux en prendre. Tu n’as pas besoin de les aimer comme en juin. »

Je pouvais aussi remarquer ce qu’il acceptait encore, plutôt que résumer tous ses repas par le légume refusé. Cela ne voulait pas dire que son alimentation ne me concernait plus. Si les refus devenaient nombreux ou si quelque chose m’inquiétait, je demanderais conseil plutôt que compter sur une formule magique.

Ce soir-là, il m’a demandé pourquoi je mangeais les courgettes. J’ai répondu que je les aimais. Il a hoché la tête et repris une pâte.

Nous avions des goûts différents à cet instant. La table pouvait contenir les deux.