Louise, ma fille de cinq ans, était assise à côté de moi sur le banc. Elle dessinait des traits dans le gravier avec sa chaussure. Les balançoires étaient libres, mais elle ne voulait pas y aller.

Moi non plus, je n’avais pas envie d’être là. Pourtant, c’était samedi matin et nous avions pris le chemin du parc comme on prend celui de l’école. Depuis quelque temps, notre vie sociale de parents se réduisait surtout à des sorties supposées plaire aux enfants. Ce jour-là, même l’enfant n’était pas convaincue.

Quand les sorties des parents disparaissent du programme

Avant, je retrouvais parfois une amie dans un café où j’aimais passer. Maintenant, je proposais systématiquement qu’on se voie près d’une aire de jeux. C’était pratique pour Louise, moins pour terminer une conversation.

Petit à petit, j’avais cessé de me demander ce dont j’avais envie. Le café était devenu trop compliqué, mon amie habitait trop loin et le parc avait l’avantage de ne nécessiter aucune décision.

Il y avait de bonnes raisons à tout cela. Un petit enfant ne peut pas suivre n’importe quel rythme, rester longtemps à table ou attendre sans rien faire pendant que les adultes discutent. Adapter une sortie peut éviter de passer toute la matinée à demander de patienter.

Mais j’avais fini par confondre adapter notre vie avec en retirer tout ce qui ne s’adressait pas directement à Louise. Et je lui demandais, sans le dire, de rentabiliser ce sacrifice en s’amusant.

Une sortie qui n’a pas besoin de plaire autant à tout le monde

La semaine suivante, j’ai proposé un café à mon amie. Pas un déjeuner de trois heures : un rendez-vous court, avec un endroit où Louise pouvait s’installer à côté de nous et une sortie possible si ça devenait trop long.

Louise a emporté un petit carnet. Elle a dessiné, nous a interrompues plusieurs fois et demandé quand on repartirait. Ce n’était pas une parenthèse parfaitement tranquille. Mais j’avais vu mon amie ailleurs qu’entre deux poussées de balançoire.

Pour essayer, on peut choisir un plaisir adulte modeste et en adapter la durée, plutôt que chercher une activité exceptionnelle qui satisfera toute la famille. Et annoncer ce qui est prévu sans vendre le rendez-vous comme une sortie pour l’enfant.

« J’ai envie de voir mon amie. On prend un verre avec elle, puis on rentre. »

« Tu peux apporter ton carnet. Je sais que ce café n’est pas aussi amusant pour toi que pour moi. »

Quand un autre adulte peut prendre le relais, y aller sans l’enfant reste aussi une option. Pas une obligation supplémentaire à caser.

Nous allons toujours au parc. Mais désormais, je vérifie qu’au moins l’une de nous a envie d’y aller.