Malo, presque trois ans, avait installé une planche sur un coussin pour faire descendre son camion. Camille, sa maman, devait le récupérer en bas et le lui rendre. Puis recommencer.

Il riait à chaque passage. Au bout d’un moment, Camille connaissait le trajet du camion mieux que celui du bus qu’elle prenait depuis huit ans.

Elle n’était pas particulièrement fatiguée. Rien d’urgent ne l’attendait. Elle s’ennuyait en jouant avec son enfant, ce qui lui semblait plus difficile à admettre que de manquer d’énergie.

Malo a remonté le camion.

« Encore ! »

Camille a répondu oui avec l’enthousiasme d’une personne qui attend son numéro au guichet.

Le même jeu, pas la même expérience

Pour Malo, chaque descente méritait d’être regardée. Il changeait parfois la position d’une roue ou lançait le camion avec les deux mains. Camille, elle, voyait surtout un véhicule qui allait encore arriver au même endroit.

Ils partageaient le tapis, pas tout à fait le plaisir du jeu.

Elle aimait son rire, sa façon de se pencher avant le départ et la confiance avec laquelle il lui confiait son camion. Elle pouvait aimer tout cela sans trouver l’activité intéressante pendant une demi-heure.

Le petit malaise venait de cette équation qu’elle n’aurait jamais appliquée à quelqu’un d’autre : si elle aimait vraiment son fils, elle devrait prendre plaisir à continuer. Et si elle regardait l’heure, quelque chose devait manquer chez elle.

Pourtant, apprécier une personne n’a jamais obligé à aimer toutes ses occupations. Même celles qui comportent une rampe.

Changer de place dans le jeu

Camille n’avait pas besoin d’annoncer à Malo qu’il était ennuyeux. Il ne l’était pas. C’était cette tâche répétée qui ne l’intéressait plus.

Elle pouvait arrêter un rôle précis sans transformer le moment en jugement sur lui. Comme lorsqu’on n’a pas envie de participer à un jeu, la limite pouvait porter sur l’activité, pas sur la relation.

Elle a proposé :

Une phrase à essayer« Je fais encore deux descentes avec toi. Après, tu peux continuer et moi je vais m’asseoir sur le canapé. »

Malo a négocié trois. Elle a accepté. Puis il a installé une boîte en bas de la rampe pour récupérer le camion sans elle.

Plus tard, ils pourraient chercher une activité qui leur plaise à tous les deux, mélanger une pâte ou sortir regarder les travaux dans la rue. Pas pour rendre chaque minute passionnante, simplement pour ne pas toujours choisir entre se forcer et se retirer.

Camille s’est assise. Malo a lancé le camion dans la boîte et l’a regardée pour vérifier qu’elle avait vu.

Elle avait vu. Elle n’avait plus besoin de faire semblant de découvrir la gravité.