J’avais mes chaussures, mon sac et le temps de dire au revoir avant de sortir. Malo, mon fils de presque trois ans, a posé sa main sur la porte.
Je lui ai répondu que je partais travailler. Il a demandé pourquoi. J’ai commencé à expliquer qu’il fallait gagner de l’argent, puis j’ai vu son regard passer de mon visage à mon sac. Expliquer le travail à un petit enfant n’était pas si simple. Surtout quand la question arrivait au moment où je m’en allais.
Expliquer ce que l’on fait, pas seulement pourquoi on part
Pour moi, « travailler » désignait une journée entière, des collègues, des tâches et un salaire. Pour Malo, cela ressemblait surtout à un endroit où sa mère disparaissait après le petit déjeuner.
Je lui ai raconté un morceau concret de ma journée à la librairie : recevoir des cartons, ranger les livres et aider des gens à en trouver un. Il m’a demandé si je rangeais aussi ceux avec des dinosaures. Nous étions enfin en train de parler de quelque chose qu’il pouvait imaginer.
L’argent pouvait avoir sa place dans la réponse. Mais je n’avais pas besoin de détailler les factures, encore moins de lui expliquer que je partais à cause de ses chaussures ou de tout ce qu’il mangeait. Le budget de la maison restait une affaire d’adultes.
J’ai dit que mon travail me permettait de gagner de l’argent pour payer ce dont nous avions besoin. Puis j’ai ajouté que j’aimais aussi m’occuper des livres. Mon départ n’avait pas une seule raison, et Malo n’avait pas à en devenir la raison coûteuse.
Sa question suivante concernait surtout mon retour
Il a regardé la porte et demandé si je rentrais bientôt. J’aurais pu répondre oui pour terminer la conversation. Mais « bientôt », dans ma journée, voulait dire plusieurs heures.
Ce jour-là, je savais que je serais là après son goûter. Je lui ai donné ce repère et rappelé avec qui il resterait. Un autre jour, si mon horaire était incertain, mieux valait le dire simplement que promettre un retour pour une activité que je risquais de manquer.
On peut préparer quelques mots sur son travail, sans transformer le départ en cours sur l’économie :
« Je vais travailler à la librairie. Je range les livres et j’aide les gens à en choisir. »
« Tu restes avec papa aujourd’hui. Je rentre après ton goûter. »
La deuxième phrase suppose évidemment que ce repère est fiable. L’enfant n’a pas besoin d’un horaire détaillé, mais de savoir ce qui est prévu pour lui pendant l’absence.
Malo avait compris les cartons et les dinosaures. Il aurait quand même préféré que je reste. Je lui ai fait un câlin avant de partir ; je n’avais pas besoin qu’il approuve ma journée pour lui dire au revoir.




