Depuis quelque temps, Iris, trois ans et demi, aimait expliquer que leur appartement était grand. Très grand.
Nora trouvait ça plutôt mignon jusqu’au jour où, devant une autre famille, Iris a annoncé :
Nora a attendu qu’elles soient seules pour essayer de lui expliquer une de ces règles sociales qui semblent parfaitement évidentes quand on est adulte et beaucoup moins quand on a trois ans.
On pouvait être contente de sa maison. Mais chez quelqu’un d’autre, mieux valait éviter de comparer les deux appartements en expliquant que le sien était plus beau, plus grand ou mieux.
Iris a réfléchi.
Oui. Ça, on pouvait.
Nora était assez satisfaite de cette explication.
Quelques jours plus tard, elles allaient pour la première fois chez des amis.
À peine entrées dans l’immeuble, elles ont pris l’ascenseur. Iris est restée silencieuse quelques secondes. Elle a regardé les boutons, le miroir, les portes métalliques.
Puis son visage s’est éclairé.
Le problème, c’est que leurs amis n’étaient pas encore là.
Elles n’étaient même pas encore arrivées à leur étage.
Iris avait simplement retenu la règle : quand on va chez quelqu’un, on peut dire quelque chose de gentil sur l’endroit où il habite.
Et techniquement, elle s’y était prise parfaitement.
Les règles évidentes ont souvent des sous-titres invisibles
Quand on dit à un jeune enfant « sois poli », « ne te vante pas » ou « dis quelque chose de gentil », on a parfois l’impression d’avoir donné une consigne précise.
Mais nous ajoutons mentalement beaucoup d’informations que l’enfant, lui, n’a jamais reçues.
Quand le faire. À qui. À propos de quoi. Et surtout dans quel contexte.
Iris n’avait pas mal compris la règle.
Elle l’avait comprise exactement comme Nora l’avait formulée.
Donner un exemple plutôt qu’une règle entière
Nora n’avait pas besoin de lui expliquer toutes les subtilités des relations sociales avant chaque visite.
Mais elle pouvait rendre certaines consignes plus concrètes.
« Si tu trouves quelque chose joli chez eux, tu peux le leur dire. »
« Et on attend d’être avec eux pour leur faire le compliment. »
Ce qui paraissait être une leçon de politesse était finalement devenu autre chose : un rappel que les enfants ne devinent pas toujours les morceaux de règle que les adultes laissent silencieux.
Et depuis, Nora se méfie un peu plus des consignes qui commencent par « c’est simple ».
Surtout dans les ascenseurs.




