Camille finissait de débarrasser la table quand Malo, son fils de presque trois ans, l’a tirée par la manche.
Malo est revenu avant même qu’elle ait posé la première assiette dans l’évier. Puis une deuxième fois, avec son camion dans les bras. À la troisième, il s’est assis par terre, furieux : elle avait dit qu’elle viendrait.
De son côté, Camille n’avait pas menti. Elle pensait vraiment terminer vite. Mais pour Malo, ces fameuses deux minutes ne décrivaient rien de visible. Il savait seulement qu’il voulait jouer maintenant et que sa maman n’arrivait pas.
Pourquoi un jeune enfant a du mal à attendre
À trois ans, l’attente mobilise encore des capacités en construction : retenir son envie, se représenter ce qui va se passer ensuite et supporter une frustration qui, elle, est déjà bien présente. Deux minutes mesurées sur une horloge n’ont pas forcément de sens pour un enfant qui ne lit pas le temps.
Les adultes aussi deviennent impatients lorsqu’on leur promet « bientôt » sans autre repère. La différence, c’est que nous pouvons généralement imaginer ce que signifie finir une tâche et estimer la durée restante.
Camille disait « deux minutes » comme elle aurait dit « je reviens ». Malo entendait surtout une promesse dont il ne voyait pas la fin.
Montrer ce qui reste avant de revenir
Le lendemain, Malo a demandé la même chose pendant qu’elle préparait le déjeuner. Camille a évité de donner un chiffre au hasard. Elle lui a montré les trois choses qui restaient à faire : poser les assiettes, remplir les verres et essuyer la table.
Malo a regardé les verres, puis est reparti avec son camion. Il est revenu une fois avant la fin. Cette fois, Camille a pu lui montrer ce qui restait. Il n’était pas soudain devenu patient, mais il avait un indice concret.
On peut aussi utiliser un petit sablier, compter ensemble quelques gestes ou proposer à l’enfant une activité pendant le court délai. Le support ne fait pas disparaître l’émotion : il donne seulement une forme à ce qu’on lui demande.
« Je termine de mettre ces trois assiettes, puis je viens. Tu peux regarder où j'en suis. »
« Tu aimerais que je vienne tout de suite. Je finis ça et je te rejoins. »
Certains jours, Malo n’attendra pas, même avec les meilleurs repères du monde. Camille devra peut-être interrompre sa tâche ou l’accueillir à côté d’elle.
Mais elle a cessé de croire que dire « deux minutes » suffisait à faire apparaître deux minutes dans la tête de son fils.
À garder sous la main
La situation
Votre enfant n'arrive pas à attendre deux minutes.
À essayer
On peut aussi utiliser un petit sablier, compter ensemble quelques gestes ou proposer à l'enfant une activité pendant le court délai.
- « Tu veux que je joue avec toi ou que je te laisse continuer ? »
À garder en tête : Le jeu n'a pas besoin d'être dirigé ou transformé en activité éducative à chaque instant.




