Louise, ma fille de cinq ans, a posé son sac dans l’entrée et annoncé que personne ne l’aimait. J’avais déjà trois prénoms prêts à servir, dont celui d’une camarade invitée récemment à la maison.

J’allais répondre avec une liste. Louise, elle, n’avait pas demandé un inventaire de ses relations. Elle gardait son manteau fermé et regardait le sol.

« Personne ne m’aime » peut raconter un moment

Quand un enfant dit que personne ne l’aime, la tentation est de corriger le mot personne. Il suffit pourtant rarement de compter les amis pour comprendre ce qu’il essaie de raconter.

Je ne savais pas encore si Louise parlait d’une récréation difficile, d’une dispute ou d’une solitude qui durait. La phrase était large. Ce qu’elle recouvrait pouvait être très précis, ou demander qu’on regarde plus loin.

Lui répondre immédiatement que c’était faux risquait surtout de l’obliger à prouver sa peine. Elle aurait dû défendre son constat pendant que je préparais le témoignage des camarades à décharge.

Je pouvais accueillir ce qu’elle ressentait sans confirmer que tout le monde la rejetait. Écouter sa tristesse ne m’obligeait pas à signer la conclusion.

Chercher la scène sans mener un interrogatoire

Je me suis assise à sa hauteur. Une question ouverte pouvait suffire, puis un peu de silence. Pas une série de demandes sur chaque enfant de la classe avant même qu’elle ait enlevé son manteau.

« Tu as l’air très triste. Tu veux me raconter ce qui s’est passé ? »

« C’est arrivé aujourd’hui, ou tu te sens comme ça depuis plusieurs jours ? »

Louise a expliqué que les deux enfants avec qui elle voulait jouer avaient commencé un autre jeu. Elle n’avait pas su comment entrer dedans. Ce détail ne rendait pas sa peine petite. Il nous donnait simplement un endroit où commencer.

Nous pouvions réfléchir ensuite à une phrase pour demander à participer, ou à l’adulte vers qui se tourner. Si elle ne voulait pas encore chercher une solution, je pouvais rester avec elle sans lui demander de repartir aussitôt avec un plan.

Et si ces mots reviennent souvent, si elle évite l’école ou semble durablement isolée, j’en parle avec l’équipe éducative et, au besoin, un professionnel. Une exclusion répétée ne se résout pas en apprenant seulement à mieux demander.

Louise a fini par ouvrir son manteau. Elle m’a demandé si nous pouvions prendre le goûter ensemble. Je n’ai pas récité ma liste de camarades. Je savais maintenant de quel moment elle voulait parler.

À garder sous la main

La situation

Votre enfant dit que personne ne l’aime et vous voulez lui prouver le contraire.

À essayer

Accueillir sa peine, demander ce qui s’est passé et distinguer un moment difficile d’une situation qui se répète.

  • « Je veux comprendre ce qui t’a fait te sentir seule. »

À garder en tête : Une exclusion répétée ou un refus scolaire demande un échange avec l’école et parfois un accompagnement professionnel.