Gabriel, mon fils de presque quatre ans, avait choisi une veste rose à paillettes. Il passait la main sur la manche pour voir comment elle brillait. Je vérifiais la taille, la fermeture et, déjà, ce que les autres allaient en penser.
Il voulait porter cette veste rose. Moi, j’ai proposé de regarder aussi la bleue. Il m’a demandé si elle brillait. Comme ce n’était pas le cas, il est revenu aux paillettes.
La veste rose et le regard des autres
La veste était à sa taille, adaptée à la météo et dans le budget. Côté pratique, je n’avais plus grand-chose à vérifier.
Ce qui m’arrêtait, c’était une remarque que personne n’avait encore faite. Gabriel a les cheveux longs, souvent attachés en petit chignon. Avec la veste rose en plus, je voyais déjà venir les « Ah bon, c’est un garçon ? ».
Je me disais que je voulais le protéger. Pourtant, c’était moi qui lui proposais de renoncer à ce qui lui plaisait pour éviter une réaction qui n’avait pas encore eu lieu.
Lui avait choisi des paillettes. Je n’avais pas besoin de transformer son goût en problème, ni de lui demander de défendre une idée en allant à la crèche.
Ce qui le gêne, ce que j’anticipe
Nous avons pris la veste. Le lendemain, devant la crèche, j’ai surpris mon regard en train de chercher celui des autres parents. Gabriel, lui, examinait sa manche.
Une personne a simplement dit que sa veste était belle. Je me suis sentie un peu ridicule, avec ma réponse toute prête à une critique qui n’était pas venue.
Pour faire le tri, je peux commencer par une question toute simple : est-ce que quelque chose gêne Gabriel, ou est-ce que j’imagine ce qui pourrait arriver ? Une manche qui gratte, une veste qu’il n’aime plus ou une remarque qui le blesse le concernent. Le malaise que j’anticipe devant les autres adultes, c’est à moi de m’en occuper.
Si quelqu’un commente la couleur, je peux répondre brièvement, sans demander à Gabriel de se justifier.
« Elle lui plaît et elle lui va. »
« Les garçons peuvent porter du rose aussi. Cette remarque ne t’oblige pas à changer de veste. »
Si des moqueries se répètent, je les prends au sérieux et j’en parle avec la crèche. L’écouter passe aussi avant l’idée de lui faire garder sa veste à tout prix. S’il préfère du bleu la semaine suivante, ce sera encore son goût.
Sur le chemin du retour, il a tourné son bras vers le soleil. Cette fois, j’ai regardé ce qu’il me montrait.




